Théâtre : « Le gros diamant du prince Ludwig », en route vers les Molières

« Le gros diamant du prince Ludwig » est une pièce jouée en ce moment au théâtre du Gymnase. Elle est mise en scène par Gwen Aduh et son équipe, qui avait tout raflé aux Molières 2016 avec « les faux bristish ». Ce spectacle rehausse encore d’un cran le niveau et est favori pour les Molières 2018. Agora district y est allé pour vous.

Le Gros Diamant Du Prince Ludwig -Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Le théâtre français a bien failli mourir. À la fin des années 90, écartelé entre le théâtre de papa très poussiéreux et un avant-gardisme indigeste et choquant, il ne lui restait plus d’avenir. Heureusement dans les années 2010, de jeunes metteurs en scène comme Alexis Michalik ou ici Gwen Aduh l’ont fait revenir de très loin. En faisant une synthèse entre les fondamentaux du théâtre traditionnel et les innovations techniques contemporaines.

Les meilleurs sociologues français du 20ème siècle ont fait un reportage très pédagogique sur le sujet :

« Le gros diamant du prince Ludwig » est une comédie qui se place comme favorite pour les Molières. Un alignement des astres particulièrement favorable lui ouvre un boulevard. La concurrence est moins puissante cette saison, parce que les spectacles les plus primés ces deux dernières années ont été reprogrammés, condamnant leurs metteurs en scène et auteurs à un certain immobilisme. Seul Gwen Aduh a relancé un projet avec sa troupe, laissant sa pièce précédente se reprogrammer avec d’autres acteurs.

L’intrigue est l’histoire de malfrats peu talentueux qui s’évadent d’un pénitentier pour aller faire un casse dans une banque modeste, laquelle héberge un diamant gigantesque pour un court moment. L’action se déroule en Amérique dans les années 50.

Une écriture parfaitement classique au sens propre du terme

Disons-le très directement, l’écriture de ce nouveau spectacle est excellente. Très classique sur le fond, elle superpose plusieurs stades d’enjeux qui s’enchevêtrent : financiers, amoureux, politiques, etc. La finesse de l’écriture se voit dans le découpage très intelligent des scènes ; le spectateur n’est jamais perdu dans une trop grande complexité de l’intrigue. Sur la forme, l’auteur fait alterner plusieurs champs comiques alternativement, entre comique de situation, de répétition, jeux de mots, etc. Le travail fait par l’auteur est très sérieux et respecte profondément le spectateur, mais a un seul défaut ; il manque un peu de spontanéité et l’alternance des styles de comique est un peu mécanique. Cependant, ce style demeure le meilleur qu’on ait eu depuis des décennies et il mérite un grand coup de chapeau.

Une mise en scène remarquable

La mise en scène est solidement campée sur les fondamentaux : les déplacements sont naturels, et les entrées-sorties ont un timing impeccable. Les acteurs sont tous au même niveau, il n’y a pas de personnage moins fouillé que les autres. La coordination entre acteurs est fluide sur scène, le bon personnage est mis en valeur au bon moment. Une attention particulière est portée aux accessoires, qui ancrent  l’action dans la réalité et la rendent très imprévisible.

Côté auditif, un orchestre de jazz très minimaliste est placé côté cour. Un piano, une contrebasse et une batterie, tout simplement. Des intermèdes musicaux réguliers viennent mettre des coups d’accélérateurs au rythme de la pièce. L’harmonie est référencée années 50 et est plaisante à l’oreille. Le compositeur a pris soin de proposer de la musique accessible à un public habitué à la pop. Les musiciens participent à la pièce en tenant des petits rôles par ci par là au cours des actes. Intégrer de la musique à une pièce est toujours un pari risqué mais est particulièrement réussi ici.

Des décors incroyables d’audace

Le grand atout du spectacle a cette originalité de se faire désirer. Il faut attendre la fin de l’acte I et le premier changement de décors pour découvrir la créativité de Gwen Aduh. Les changements de décors se font sans rideau et au vu du public. Le metteur en scène capte l’attention du public avec des entractes joués sur les bords de scène. Les murs de décors permutent entre eux et se retournent pour créer différents lieux. La dimension verticale est très utilisée au cours des actes. Des effets spéciaux avec  de la fumée, des lasers, des câbles, sont nombreux et impressionnants.

Le plus incroyable est un moment où le plan sur lequel les acteurs jouent n’est plus celui du sol de la scène mais le mur vertical de fond de scène. La surprise arrache des cris de stupeurs aux spectageurs conquis par l’imagi ation et l’audace de la mise en scène.

« Le gros diamant du prince Ludwig » a une mise en scène limpide et est très accessible pour tout public. Le spectacle prend par la main le spectateur et propose une expérience impressionnante. Il est joué au théâtre du gymnase du mardi au dimanche, pour encore plusieurs mois. N’attendez pas son triomphe aux Molières pour aller le voir !

Louis Lecomte

Photo de couverture : affiche officielle de la pièce

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