Porto Rico : 6 mois après Maria

Petite île des Caraïbes et territoire américain, Porto Rico a subi en septembre dernier le passage de l’ouragan le plus dévastateur de son histoire. L’oeil de Maria a traversé, de part en part, ce paradis tropical en laissant derrière près d’une centaine de victimes, plusieurs milliers de blessés ainsi que des dégâts colossaux. Six mois plus tard, comment Porto Rico, toujours en pleine convalescence, se reconstruit-elle ? Elisabel Santos, une habitante, nous explique la situation. 

Les bars qui ont pu rouvrir leurs portes font de la résistance, jusque sur leurs devantures   @LudovicHeinry

Des maisons pleines de couleurs, un hiver à 25 degrés, des voitures fenêtres ouvertes faisant profiter à tous les passants des joies de la musique portoricaine. Difficile d’imaginer que l’ouragan le plus dévastateur de l’histoire a ravagé le pays il y a à peine 6 mois.

Pourtant, en septembre dernier, Irma et Maria, se sont abattus sur l’île. Irma, dont le monde a abondamment entendu parler après avoir forcé Miami à être évacué, avant de passer sur le Mexique et de détruire Saint Martin. Le passage d’Irma autour de Porto Rico ne fût pas si dommageable que cela. Seulement, une semaine plus tard, un nouvel ouragan, bien plus important pour le pays, était annoncé. Celui-ci, fût moins médiatique, mais l’œil de Maria traversa l’ile de Porto Rico durant presque 48h.

 

Un paradis ravagé

Porto Rico est une île de la Mer des Caraïbes, territoire américain au statut plus marginal que les autres états. L’île est en effet, la seule des Etats-Unis à ne pas avoir le droit de voter à l’élection présidentielle.

Bien qu’on y retrouve plusieurs signes totalement américains, Porto Rico surprend par ses décors infiniment colorés. Chaque maison est peinte de deux voir de trois couleurs différentes et chaque voisin tranche avec l’autre. Ce qui offre, dans le vieux San Juan par exemple, de fabuleux décors. La capitale du pays, centre névralgique des activités, n’a rien à envier aux grandes villes des Etats-Unis.

Les couleurs s’entremêlent dans le vieux San Juan, comme partout sur l’île pour mettre en exergue le drapeau portoricain, que l’on retrouve un peu partout   @LudovicHeinry

A première vue, la ville ne souffre d’ailleurs que peu des séquelles de l’ouragan. Tout y a été pratiquement reconstruit, la plupart des commerces ont rouvert leurs portes. Cependant, en rencontrant Elisabel et Teresa, habitantes de San Juan, il est plus facile de voir à travers les évidences et de comprendre l’état actuel de Porto Rico et le calvaire qu’ont été les mois post-Maria.

Teresa, elle, a quitté l’île la veille de l’ouragan mais explique à quel point il a été dur de ne pas pouvoir avoir des nouvelles de ses proches. « Pendant plusieurs jours, je n’avais aucun moyen de contacter mes proches car toutes les communications étaient rompues à Porto Rico. » Une situation délicate et un choc lorsqu’elle est rentrée 2 mois plus tard :  » A San Juan, les choses s’étaient déjà un peu stabilisées, à part pour l’électricité, le vrai choc était quand je suis allée dans ma maison dans les montagnes, tout était dévasté, ma maison n’a toujours plus de toit car il n’y a tout simplement plus les matériaux sur l’île pour le réparer… »

Elisabel quant à elle s’est réfugiée chez sa tante pour faire face aux 48 interminables heures durant lesquelles l’ouragan a traversé son territoire. Sur cette vidéo amateur, les images font froid dans le dos.

Le retour fût très dur. « A la fois tu es heureux que ce soit fini mais tu as à la fois hâte et peur de constater les dégats, sur le chemin vers chez moi, je voyais les routes et tous les débris, c’était très très dur… »
A partir de ce moment le quotidien change drastiquement. Pendant des semaines, pas d’électricité, les commerces sont fermés. Les habitants portoricains se sont alors retrouvés dans des situations qui paraissent parfois surréalistes mais qui étaient malheureusement nécéssaire comme nous le raconte Elisabel.

 » Il y a plusieurs anecdotes assez incroyables pendant les semaines et même les premiers mois qui ont suivis l’ouragan. Par exemple, nous conservions les produits que nous arrivions à acheter dans des glaciaires, seulement les glaçons étaient devenus une denrée rare et ma mère a parfois fait des queues de plus de 4 heures pour pouvoir en obtenir. Moi je me rappelle que pour pouvoir téléphoner, il fallait aller en voiture assez loin sur le bord d’une autoroute où il y avait du réseau, nous nous retrouvions à plein de voitures garées-là pour pouvoir appeler nos proches ».

6 mois plus tard : une lente et difficile renaissance

Aujourd’hui, 6 mois plus tard, 15% des habitants de l’île n’a toujours pas retrouvé l’électricité. Une situation extrêmement compliquée lorsque l’on sait que même à San Juan, les coupures d’électricité sont toujours légions et que chaque jour des quartiers en subissent. « Nous avons acheté un générateur de secours, heureusement, mais il a fallu plusieurs mois pour pouvoir en commander un, ils étaient en rupture de stock partout » raconte Elisabel. Des générateurs efficaces certes mais extrêmement couteux, que tous les habitants ne peuvent pas se permettre de s’en offrir. Un contraste saute d’ailleurs aux yeux. Si les grandes villes ont réussi à se stabiliser, beaucoup de plus petites villes sont encore dévastées. En se dirigeant de San Juan vers la côte Ouest, le trajet qui traverse le pays de tout son large, le contraste est saisissant. Dans les montagnes et les villages côtiers, plusieurs routes sont toujours impraticables et nombreuses sont les maisons détruites.

De nombreuses maisons n’ont toujours pas de toit à Porto Rico, certaines sont même totalement détruites    @AlvinSaez

Pour revenir à San Juan, nouveau chiffre marquant qui reflète une nouvelle réalité : 10% des habitants ont émigré après Maria. La plupart du temps vers les Etats-Unis. Compte tenu du fait que la plupart des personnes qui ont pu immigré viennent des endroits plus aisés du pays, on remarque à San Juan des endroits totalement vide. Pour se faire une idée, c’est comme-ci à Paris plus de 200 000 personnes avaient brutalement décidé de s’en aller. En combinant ceci au fait que beaucoup de commerces sont toujours en reconstruction ou même simplement abandonnés suite à de grosses défaillances d’assurance, au bout de quelques jours dans la capitale, l’ombre de Maria se veut de plus en plus présente.

La plupart des arbres et des panneaux toujours debout sont maintenant penchés après le passage de Maria, même ceux prévenant des risques de tsunami   @LudovicHeinry

D’ailleurs, 6 mois après, rare sont les discussions sans que l’ouragan ne soit évoqué. Tout le monde parle de Maria. Que ce soit en souvenir où pour les difficultés que l’on subit encore maintenant à Porto Rico. Une serveuse de restaurant interpelle d’ailleurs sur le sujet au milieu d’un repas « c’est toujours extrêmement compliqué depuis Maria, j’habite loin, je n’ai toujours pas pu reconstruire mon toit et n’ai pas d’électricité… ».

Elisabel travaille pour Habitat for Humanity. Une association qui faisait avant l’ouragan de l’aide au logement pour les personnes ne réussissant pas à obtenir un prêt leur permettant de construire une maison. Depuis l’ouragan, l’activité de l’association s’est diversifiée pour faire face à l’urgence de la situation.  « Nous avons commencé à faire des réparations et de la réhabilitation, il y a beaucoup de personnes qui sont propriétaires de leur maison mais qui ont perdu leurs toits, ou même tout perdu. »

Lorsque l’on demande à Eli comment considère-t-elle l’état de Porto Rico à l’heure d’aujourd’hui sa réponse est d’ailleurs très révélatrice : « C’est triste mais on est très loin d’être à 100% de la reconstruction. Beaucoup de personnes ne peuvent toujours pas rentrer chez eux, n’ont pas accès à l’électricité, des routes sont toujours détruites et impraticables, clairement nous sommes encore loin du compte. »

Porto Rico, américain : vraiment ?

Etat des Etats-Unis, mais pas totalement à part entière, si Porto Rico est américain son statut reste plutôt flou. Le pays n’a par exemple pas le droit de vote aux élections présidentielles.

D’ailleurs si l’on croise quelques drapeaux américains à quelques endroits ils sont bien loin d’égaler ceux portoricains. La plupart des habitants se sentent d’ailleurs délaissés par les Etats-Unis, on ressent même un sentiment d’indifférence et de résignation à présent lorsqu’Elisabel dit « On sait de toute manière que c’est comme ça et nous n’attendons simplement plus rien d’eux ».

Un sentiment qui n’a pas cessé de s’accentuer depuis l’arrivée à la gouvernance de Donald Trump. Le président américain est d’ailleurs venu à Porto Rico après le passage de Maria, enchainant gestes et déclarations très controversés. Le président américain a jugé bon de lancer du Sopalin sur des portoricains dans une scène totalement surréaliste avant d’exprimer à quel point l’île coutait cher aux Etats-Unis.

Elisabel juge que même si les Etats-Unis ont envoyé de l’argent et des subventions pour la reconstruction post-Maria, « Si nous étions dans un autre état tout serait déjà reconstruit depuis un moment ».
Des relations très compliquées dans une atmosphère déjà très lourde qui pourraient relancer les interrogations diplomatiques. Un débat qui n’a pas toutefois pas l’air d’actualité tant on ressent encore à quel point Irma et Maria sont encore dans toutes les têtes et le besoin de reconstruction encore nécessaire.
Sachant que le pays reste en proie aux aléas climatiques. Alors que la montée des eaux commence déjà à faire des ravages sur les côtes floridiennes, un tsunami extrêmement important est attendu à Porto Rico dans les prochaines années…
Elisabel reste cependant positive en invitant quiconque à venir découvrir cette île des Caraïbes, trop peu connu en Europe.

« C’est une magnifique île tropicale, très chaleureuse et très cosmopolite dans laquelle il y a énormément de belles choses à faire même 6 mois après Maria » 

 

Ludovic Heinry

 

Crédit photo de couverture : Ludovic Heinry

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