Pourquoi Djamel, 60 ans, regrette Ben Ali

La révolution de Jasmin a permis une transition démocratique, mais la situation économique de la Tunisie n’a cessé de se dégrader. La jeunesse s’est mobilisée virtuellement en lançant un hashtag #fechnestannew ( Qu’est-ce que nous attendons ?).  Djamel, 60 ans, épicier dans le 15 ème arrondissement de Paris, nous explique ce qu’il pense de la situation de son pays d’origine.

manifestation en Tunisie le 12 janvier, contre la cherté de la vie. Crédit photo: Sofiene Hamdaoui/AFP

« Il faut que les jeunes se calment »

Djamel, 60 ans tunisien habite en France depuis 40 ans et a tout d’un maghrébin parisien. Dans sa petite épicerie du 15 ème arrondissement, il est comme tous les jours vêtu d’une blouse bleue, soulignant ses cheveux blancs et sa peau brune. Né à Djerba, l’épicier a dû quitter très tôt la Tunisie pour subvenir aux besoins de sa famille. Comme chaque maghrébin, Djamel est très attaché à ses origines. Il ne se permet pas d’aller en Tunisie chaque été.

« Je suis resté huit ans ici à Paris sans me rendre en Tunisie »

En baissant les yeux et avec une voix attristée, il reconnaît que les choses ont empiré, que la Tunisie a changé:

« Les gens dormaient, mangeait, la vie n’était pas chère et il y avait du travail ».

La Tunisie a failli revivre un deuxième épisode du printemps arabe. 96 policiers ont été blessés et 87 véhicules ont été endommagés lors des manifestations, le jour des sept ans de la révolution.  Djamel blâme la jeunesse tunisienne d’avoir détruit leur pays:

« Les jeunes veulent la liberté mais ils ne savent pas que cette liberté a certaines limites ».

Hésitant au début, il finit par avouer sa nostalgie, lorsque l’on parle de la Tunisie avant le printemps arabe:

« Je suis de sa génération, je regrette son départ, la Tunisie était beaucoup mieux quand Ben Ali était là ».

Plusieurs Tunisiens le pensent, mais ne le disent pas. En comparant Zin abidin Ben Ali aux islamistes, le Tunisien mécontent certifie:

« Un voleur vaut mieux que dix ».

Au début, il était perplexe au sujet de l’ancien dirigeant tunisien mais par la suite il dit ce qu’il a sur le coeur:

« Sous l’ère Ben Ali, la stabilité régnait, l’économie allait mieux, ainsi que la sécurité ».

Il poursuit:

« ‘C’est encore tôt pour juger ».

Ce Tunisien expatrié en France, pense que la révolution de Jasmin apportera ses fruits à l’avenir:

« Peut-être que la nouvelle génération réussira à survivre avec ce nouveau système ».

Le seul avis que Djamel partage avec la jeunesse tunisienne c’est bien la cherté de la vie.

« Le prix de l’huile d’olive a triplé en deux ans, il était à 5 Dinar tunisiens et maintenant il en coûte 15 ».

Habib ne veut pas fuir son pays, il prévoit le retour à ses sources.

« Une fois que je serai à la retraite, je retournerai en Tunisie. Je suis de Djerba. Au sud, on attend rien du président, on compte sur nous ».

Des aides financières et sécuritaires sont octroyées par des pays amis de la Tunisie. Djamel n’a pas peur de la situation économique de son pays. Il affirme que la Tunisie ne risque pas une situation de faillite ou de mise sous tutelle par les institutions financières internationales:

« La Tunisie a le soutien des pays amis, on est aidé financièrement et aussi au niveau sécuritaire, surtout par l’Algérie ».

Naziha Bensekhri

 

Crédit photo de couverture: Fethi Belaïd

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