Airbnb à Paris: interview de Gauthier Caron-Thibault, adjoint au maire du 3e arrondissement

Entre la mairie de Paris et la société américaine de location d’apartements meublés plus rien ne va. Victime de son succès, Airbnb se targue d’avoir 60 000 logements au sein de la capitale. Une  nouvelle qui pourrait avoir de grosses répercutions dans l’avenir, comme nous l’explique Gauthier Caron-Thibault, adjoint au maire dans le 3e arrondissement, chargé  du logement et de l’urbanisme. 

Si Airbnb a sa place dans la ville lumière, Gauthier Caron-Thibault veut avant tout que le géant américain respecte les lois en vigueurs en France. ©RuedeBretagne

C’est une guerre que toutes les grandes villes de la planète mènent d’un seul front. Un conflit qui oppose désormais les habitants des grandes villes, exposés à l’explosion des prix de l’immobilier et les propriétaires mal honnêtes, qui se servent des plateformes comme Airbnb pour s’enrichir.

Depuis plusieurs mois, la ville de Paris s’est elle aussi engagée dans cette lutte. Le marché immobilier parisien étant en permanence sous pression, de nombreuses mesures ont été prises, malgré la réticence d’Airbnb. Gauthier Caron-Thibault, adjoint au maire, chargé du logement et de l’urbanisme dans le 3e arrondissement, nous explique pourquoi la ville lumière s’est décidée à instaurer des sanctions contre les loueurs de meublés touristiques.

Airbnb s’est imposé comme leader de la location d’appartements meublés de particulier à particulier. Comment la ville de Paris, et plus particulièrement le 3e arrondissement, a-t-il vécu l’arriver de cet acteur sur le marché?

On l’a vécu comme une nouvelle initiative de vivre la ville, en particulier dans le centre de Paris, quelque chose de vraiment intéressant.  Et en même temps, on l’a vécu avec un regard un peu perplexe sur une structure qui organisait elle même sa  régulation, sans être forcement être très dans l’écoute et coopérative vis à vis de la ville et des arrondissements. Cela a progressivement changé au cours des années. Plusieurs mesures ont été mise en place, malgré la réticence de la société, comme la récolte de la taxe de séjour. On ne peut pas dire qu’il n’y a rien eu mais Airbnb maitrise quand même bien ce qu’ils font, avec l’objectif de continuer leur activité en donnant seulement un petit gage de comportement aux villes.

Pour l’instant, la durée légale de location de sa propriété privée est de 120 jours par an. Vous pensez réduire cette durée légale à Paris?

Je pense qu’il faut qu’on réfléchisse mais l’idée ,c’est surtout de créer une déconnection par rapport à la définition d’une résidence principale pour voir si c’est vraiment utile. Aujourd’hui, une résidence principale, c’est 365 jours par an moins 120 jours. Soit un total de 245 jours par an.  C’est ce qui défini une résidence principale. Du coup, par effet de miroir, toute location qui est au dessus de 120 jours fait que votre logement ne devient plus votre résidence principale, mais votre résidence secondaire. Une fois que l’on sait ou s’arrête la notion de résidence principale, on peut discuter et axer les choses sur d’autres besoins et questions. On peut discuter sur les besoins en matière d’hébergement de touristes à Paris. On peut discuter en matière d’équilibre entre touriste et logements traditionnels, entre accueil des touristes et maintient des familles. C’est une autre forme de discussion, à condition que les fameux 120 jours par an soient respectés.

Paris voit-elle en Airbnb la possibilité de concurrencer les hôtels, ou en tout cas, de répondre un peu plus à la très forte demande touristique?

Je pense que Airbnb, c’est autre chose. C’est un autre marché. C’est pas les mêmes prix, pas la même prestation, c’est pas le même accueil. Vous êtes dans un appartement, pas une chambre d’hôtel. Vous avez toutes les commandités sur place. Vous pouvez aussi aller dans un commerce pas loin pour acheter à manger et manger chez vous. Dans un hôtel, c’est pas vraiment possible. Airbnb ne doit pas être vu comme quelque chose de supplémentaire aux hôtels, mais comme quelque chose de totalement different.

Depuis le 1er décembre, les loueurs Airbnb  doivent acquérir un numéro d’enregistrement, à la mairie. Comment ça se passe?

C’est très simple. Tout est disponible sur internet. La démarche se fait en ligne, sur le site Paris.fr . Vous répondez à quelques questions déclaratives et vous obtenez votre code.

Combien de personnes ont obtenu le fameux numéro?

Pour l’instant, on attend nos premiers bilans. D’après l’étude faite du figaro, 80% des logements airbnb à Paris – environ 60 000 d’après Airbnb- n’ont pas de numéro. La ville de Paris a encore du travail. Mais il faut voir la nature du travail. Ce qu’on est en train de faire, ça peut sembler n’être que purement administratif mais s’est essentiel. L’alternative serait d’envoyer des contrôleurs physique derrière chaque logement du centre de Paris pour voir s’il y a de vraies gens derrière la porte ou seulement des gens de passages, ayant loués sur Airbnb. Dans ce cas là, il faudrait multiplier au minimum par cinq le nombre d’agents assermentés par la ville. Ce n’est pas ce qu’il y’a de plus intelligent à une époque ou nous avons la chance de pouvoir croiser les données en un claquement de doigt.

Quelles conséquences la surlocation via Airbnb a-t-elle créée dans votre arrondissement?

Nous sommes un arrondissement ou les appartements ne sont pas très grands – deux pièces – et cela provoque aujourd’hui une baisse des arrivées. Sur les petits logements, ont à la problématique des jeunes célibataires et des jeunes couples. Le 3e arrondissement, c’est un arrondissement qui accueil beaucoup de jeunes célibataires, qui se mettent en couple dans des surfaces plutôt petites et qui finissent par faire un enfant, voire deux. Sauf qu’aujourd’hui, mêmes les petites surfaces sont devenues rares, car rachetées par des propriétaires voulant louer sur Airbnb. La sur-location dans cette arrondissement fait qu’aujourd’hui, nous avons une problématique sur les écoles. On va commencer à avoir des chiffres à la baisse. Tous les arrondissements centraux sont concernés. Depuis quelques années, nous avons moins d’habitants dans ces arrondissements. Et lorsque les petites surfaces sont achetées uniquement pour faire de la location, vous n’accueilliez plus la population qui était très fortement présente  dans votre arrondissement et qui faisait des enfants, à savoir, les jeunes couples.

Yanis Darras

 

Crédit photo de couverture : ©PMV/JC

 

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