Jérémy Charbonnel: « J’ai développé l’humour pour protéger ma mère »

Actuellement sur scène au Point Virgule avec son spectacle Fils de… , chroniqueur aux Enfants de la télé aux côtés de Laurent Ruquier depuis quelques mois, Jérémy Charbonnel séduit par son humour décalé et son personnage attachant. Une personnalité en devenir qu’Agoradistrict a rencontré lors d’une interview quelque peu intime.

Jérémy Charbonnel lors de notre interview. Crédit : Clémence Renard

Avez-vous toujours eu ce côté blagueur ?

J’ai aimé faire rire mes camarades de classe à partir du lycée. Avant, j’étais très fayot, très élève modèle. Je n’étais pas forcément bon, mais je voulais travailler, je me mettais toujours au premier rang. Tout a changé à partir de la seconde, où j’ai commencé à m’amuser avec mes copains. On ne drague pas les filles avec des bonnes notes en maths, mais plutôt en les faisant rire !

Donc l’humour c’était avant tout pour séduire les filles ?

Non, à la base je faisais beaucoup d’humour avec ma famille. C’était une forme de protection. Je suis le petit dernier de ma famille, et ma mère est aussi la petite dernière de sa famille. Quand j’étais enfant, entre mes 8 et 13 ans, beaucoup de personnes de sa famille sont décédées. Je la voyais très triste. J’ai donc décidé de développer l’humour pour protéger ma mère. Normalement c’est les parents qui protègent leurs enfants, et là c’était l’inverse. C’est aussi pour cela que je tenais tant à bien travailler, je voulais lui sortir la tête de l’eau et qu’elle soit fière de moi. Après, j’ai grandit, et je me suis rendu compte que je pouvais faire rire ma famille, donc pourquoi pas les filles aussi.

Vous avez ensuite décidé de faire rire un plus large public. Pourquoi avoir choisi le théâtre ?

Ma mère m’emmenait au théâtre quand j’étais petit, on allait dans des théâtres très classiques à Lyon, au théâtre des Célestins par exemple. Je n’y comprenais rien, ça me rendait dingue ! C’est elle qui m’a donné cette passion du théâtre. J’aime beaucoup l’ambiance d’une pièce. Le début, le milieu, la fin, les gens qui applaudissent, ceux qui sont émus, ou le silence parfois, c’est cette fibre émotionnelle que j’ai attrapé avec ma mère.

Dans « Fils de… », vous parlez notamment de l’arrivée d’un bébé dans un couple, de cette mode du véganisme… Le théâtre est-il pour vous une forme d’exutoire ?

Complètement. C’est une psychothérapie, ici. Et je ne paye pas, les gens me payent ! C’est sympa, non ? (Rires) Ca permet de tourner toujours en dérision et de parler de choses qui peuvent agacer. C’est un bel exutoire en effet.

Jérémy Charbonnel lors de notre interview. Crédit : Clémence Renard

Vous évoquez des sujets de la vie de tous les jours qui concernent tout le monde, peut-être même parfois parlez-vous de votre propre expérience, c’est important de rester soi-même dans un one-man-show ?

Oui évidemment, j’espère que le public voit une partie de moi-même quand je suis sur scène ! On nous dit souvent qu’il faut partir de soi pour faire rire. Mais c’est important d’être d’abord sincère avec soi-même. Si les gens sentent que ce que je dis vient de moi, ça doit transpirer dans la salle normalement ! Mais c’est vrai, tout ce que je raconte part d’une vérité.

Et de l’autre côté, il y a le cinéma, où là, au contraire, vous pouvez avoir tendance à être enfermé dans un personnage. Le théâtre n’est-il pas pour vous plus libératoire ?

Bien sûr, mais c’est un art différent. C’est comme si je vous demandais « Tu préfères ta mère ou ton père ? » Le théâtre a un côté très instantané, le public réagit immédiatement. Alors qu’au cinéma, on a du temps pour se préparer, pour construire un personnage. Mais on n’est pas « enfermé » dans un personnage. Au contraire. On est très libre de faire ce que l’on souhaite avec, ce n’est juste pas la même façon de jouer. Au théâtre, il faut être généreux et jouer pour le public. Devant la caméra, c’est le contraire, on joue pour le réalisateur et il faut donner le moins possible.

Dans quel domaine vous sentez-vous le plus à l’aise ?

C’est difficile de choisir, j’adore les deux ! Je fais de l’humour au théâtre et les personnages que je joue au cinéma sont complètement différents. C’est sympa car ça me permet de montrer autre chose. Ce sont deux styles très distincts et si je peux continuer à manier les deux, je serais très heureux.

On sait qu’il y a énormément de pièces de théâtre à Paris tous les soirs. Comment fait-on, en tant qu’humoriste, pour se démarquer des autres ?

Malheureusement, il n’y a pas de solution miracle. Il y a des petits théâtres qui n’arrêtent pas d’ouvrir, qu’il faudrait fermer d’ailleurs… (Rires) Donc je n’ai pas de stratégie particulière, si tout le monde savait comment se faire connaitre, je pense que tout le monde serait en haut de l’affiche !

Vous êtes très présents sur les réseaux sociaux, vous avez également une chaine YouTube où vous publiez une série de vidéos J’ai dit une connerie, vous touchez donc un public relativement jeune, et de l’autre côté vous participez aux Enfants de la télé qui est une émission plus ancienne. C’est votre façon de toucher un public le plus large possible ?

Les vidéos que je publie sur YouTube sont une façon de garder le personnage que je joue sur scène avec « Fils de… ». J’ai dit une connerie, c’est exactement cette dichotomie entre le gendre idéal et toutes les horreurs qu’il peut penser dans certaines situations. Concernant Les Enfants de la télé, je ne pense pas stratégie. C’est une réelle opportunité que j’ai saisi. En avril dernier, le producteur de l’émission est venu voir mon spectacle. Il m’a appelé le mois suivant, j’ai passé un casting et la production a beaucoup aimé. Mais au départ, rien n’était programmé. Je n’ai pas choisi de participé à cette émission pour remplir ma salle. Mais qui sait, peut-être que ça m’ouvrira d’autres portes à l’avenir !

En vous produisant au Point Virgule depuis deux ans, vous marchez sur les pas d’Elie Kakou, Pierre Palmade ou encore Florence Foresti. Leurs carrières vous font rêver ?

Ce sont des super artistes, mais on peut aussi citer Fary ou Alex Lutz, qui sont des artistes plus récents. On appelle Le Point Virgule un « révélateur de talents ». On est bien entouré, il y a une belle équipe, c’est un réel tremplin. Je ne peux pas dire ce que je ferai dans 6 mois. Ce métier d’humoriste, il faut le vivre comme une improvisation.

On dit de vous que vous avez une gueule d’ange. Est-ce que ça aide pour séduire le public ?

J’espère que c’est plus agréable pour les spectateurs oui, déjà à la vue ! (Rires) J’essaie d’en jouer pour les charmer mais je ne sais pas vraiment si tout le monde me trouve séduisant. Les goûts et les couleurs vous savez…

Quels sont vos projets à venir ?

J’ai un projet qui va bientôt sortir, mais je ne sais pas exactement à quelle date. Le montage devrait se terminer fin-mai. On a fait l’adaptation d’un concept américain qui cartonne aux Etats-Unis et qui s’appelle Better late than never (Mieux vaut tard que jamais). Ca traite de 4 septuagénaires qui partent à l’autre bout du monde avec un jeune guide, joué par moi-même, qui va devenir leur souffre-douleur. On a tourné 3 semaines en Asie, du 26 décembre au 17 janvier dernier, dans deux pays (Thaïlande et Japon). Je ne sais pas ce que ça donnera quand le montage sera fini, mais on s’est vraiment beaucoup amusé la-bas.

Clémence Renard

 

Crédit image à la une : Jérémy Charbonnel

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