SIA 2018 : quand les nouvelles technologies s’implantent dans l’agriculture

Au Salon de l’Agriculture, ils sont souvent les exposants les moins mis en avant. Pourtant, de plus en plus de start-up dédiées à l’innovation dans le monde agricole et développées pour le monde agricole voient le jour, dans le but d’inculquer un souffle nouveau à l’agriculture. Reportage au coeur de ces passionnés du digital. 

La Ferme Digitale regroupe une vingtaine de start-up, dans le Hall 4 du Salon de l’Agriculture.

Chaque matinée débute de la même manière, au Salon International de l’Agriculture. Par un message sonore rapide et froid, diffusé dans chacun des sept halls du Parc des expositions de la Porte de Versailles:

« Chers visiteurs, chers exposants, il est 9h. Le Salon ouvre ses portes. »

Certains exposants sont déjà en place, prêts à accueillir des visiteurs qu’ils espèrent, forcément, voir devenir des clients. D’autres, moins matinaux, déballent encore les quelques produits phares qu’ils ont transporté avec eux, souvent de très loin. Ils viennent des quatre coins de la France, du Pas-de-Calais, du Finistère, du Pays Basque et même, pour les plus courageux, des départements d’outre-mer. Au total, ils étaient environ 900 exposants en 2017, et passeront probablement le cap du millier, cette année.

Le pavillon numéro quatre n’est sans doute pas celui pour lequel des centaines de milliers de visiteurs se massent chaque année Porte de Versailles. Ici ne sont pas exposés les vaches et autres bovins, seulement quelques poules, ni les savoureux produits du terroir que beaucoup s’empressent de gouter. Non, le pavillon quatre abrite surtout les innovations et les produits high-tech en lien avec le monde agricole, en plus des quelques plateaux de télévisions devant lesquels les visiteurs s’arrêtent souvent interloqués, mais jamais plus de cinq minutes. Au fond de ce hall souvent désert, un espace immense, sobrement appelé La Ferme Digitale, est dédié aux start-up qui croient en une agriculture réinventée et revitalisée, surtout, par la technologie.

Communauté élargie

Dans ce hall rebaptisé Agriculture 4.0, Jean-Paul Hébrard est connu de tous. S’il est surtout directeur du média agricole TV Agri, il exerce également la fonction de président de l’association internationale de co-farming. Suivant les mêmes principes que le co-voiturage, ou encore que le co-working, le co-farming est une économie collaborative qui permet aux acteurs du monde agricole de partager un certain nombre de choses:

« Grâce au numérique, il est désormais possible d’entrer en contact avec des voisins qui peuvent être à 10, 20, voire 30 kilomètres de chez soi, et de pouvoir partager avec eux des ressources. De partager un tracteur, par exemple, de partager des services… »

Le co-farming, il en est l’un des pionniers, puisqu’il est fondateur de la plateforme internet wefarmup:

« Aujourd’hui, il en existe une cinquantaine, un peu partout dans le monde. Le numérique est un outil puissant, qui permet à nouveau aux agriculteurs d’atteindre un stade supérieur d’organisation, et de pouvoir s’entraider grâce au digital. »

Lionel Lasry, co-fondateur de la start-up AgriLend, plateforme de prêt participatif. Photo : Lucas Pierre

Si l’entraide a toujours été l’une des forces majeures du monde agricole, elle s’est toujours heurtée à l’obstacle de la distance. Avec l’introduction des nouvelles technologies, la barrière se lève peu à peu. « L’agriculture a des besoins, elle est en cours de développement, elle évolue et elle nécessite, aujourd’hui, de l’argent pour ces transformations » explique Lionel Lasry, co-fondateur d’AgriLend, une plateforme de prêt participatif. Elle propose d’une part aux agriculteurs un financement pour leurs projets, et d’autre part, à des particuliers d’investir dans ces mêmes projets:

« L’objectif est simple : réunir des projets agricoles qui ont besoin de financements, en complément des financements traditionnels proposés par les banques »

Si au premier abord, ces innovations semblent destinés qu’aux jeunes agriculteurs, logiquement plus connectés, la réalité est très différente:

« Les agriculteurs qui viennent nous voir ne sont pas des jeunes qui viennent de s’installer, ce sont surtout des gens de tous âges, qui ont des besoins réels »

Jean-Paul Hébrard déclare sensiblement la même chose, lorsqu’il explique qu’il ne s’agit « pas forcément de jeunes, pas forcements de vieux, surtout des personnes pour qui le moyen de production n’est plus la priorité ». « Certes les jeunes sont moins sensibles à la propriété, et plus sensible à l’usage, mais le phénomène touche toutes les générations. »

Objets connectés et substitution de l’Homme

Indépendamment de l’esprit solidaire et communautaire que proposent certains exposants de La Ferme Digitale, d’autres se sont décidés à allier leur passion pour l’agriculture avec les connaissances technologiques dont ils disposaient. Jérome Le Roy est petit-fils d’agriculteur, et après une première expérience dans l’high-tech, il a lancé sa start-up, Weenat, liée à l’agronomie de précision. L’objectif ? « Pouvoir apporter au monde agricole un savoir-faire scientifique et agronomique basée des données en temps réel. » Weenat propose des outils connectés axés sur une problématique indissociable de l’agriculture : les conditions météorologiques et l’impact qu’elles peuvent avoir sur la gestion des parcelles:

« Nous communiquons des informations essentielles disponibles en temps réel sur son téléphone : les prévisions météos ainsi qu’un historique qui permet d’une année sur l’autre de mieux maitriser certains paramètres »

Lui aussi estime qu’il est nécessaire que l’agriculture se réinvente : « La technologie est un élément très important pour améliorer le confort de vie des agriculteurs, la qualité de leurs productions, ainsi que le niveau de rentabilité de leurs exploitations. »

Oz, le robot autonome crée par Naïo Technologies. Photo : lesièclevert

Parmi les objets toujours plus novateurs proposés dans ce hall quatre, impossible de passer à coté d’Oz sans s’arrêter. Oz est un robot, un robot autonome relativement volumineux qui sert au désherbage mécanique des cultures, et qui permet donc d’automatiser ces taches de désherbage qui sont souvent longues et redondantes à effectuer manuellement pour les cultivateurs. « C’est un robot qui se guide tout seul, à l’aide d’une caméra et d’un laser et qui gratte la terre pour détruire les mauvaises herbes. » raconte Julien Laffont, responsable export chez Naïo Technologies, la start-up créatrice de Oz.

« Il permet de réduire la pénibilité des agriculteurs, sachant que le désherbage est probablement la tache la plus pénible à effectuer pour un cultivateur. C’est une solution rapidement rentable. »

Parce que c’est probablement le plus important pour l’Homme : économiser du temps, d’abord, en profitant de l’apport des nouvelles technologies capables de le substituer dans une certaine mesure, pour ensuite gagner en rentabilité. Jusqu’au jour où les robots seront infaillibles, et auront définitivement pris sa place…

 

Jérémie Richalet 

Crédit photo d’ouverture : naiotechnologies

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