Premier League : Wenger – Arsenal, mariage épuisé

Dimanche après-midi, sur la pelouse de Brighton, Arsenal s’est de nouveau incliné en championnat, et a probablement dit adieu pour de bon aux places qualificatives pour la Ligue des Champions. La défaite de trop, peut-être, pour son entraineur Arsène Wenger, et la séparation semble désormais inévitable. 

Homme âgé, bientôt seul, cherche grande institution à épouser. Photo : Ian Kington

Il est des mariages qui s’usent, parfois. Des mariages qui usent les deux personnes qu’ils unissent. Pourtant, tout avait si bien commencé il y a déjà vingt-deux ans. Arsène Wenger, quarante ans passés, débarque en Angleterre, dans l’anonymat le plus total. Le natif de Strasbourg sort alors d’une crise de la quarantaine difficile qui l’a conduit à s’exiler deux saisons au Japon, après sept années passées à Monaco, consacrées par un titre de champion de France glané en 1988. Lors de son arrivée outre-Manche, personne ne le connaît. Arsène Who?  L’accueil est glacial, mais qu’importe, à quarante ans, Arsène est jeune, Arsène est ambitieux, et malgré son accent très prononcé, et que seules les anglo-saxonnes trouvent charmant, Arsène séduit rapidement.

Avec Arsenal, une vieille gloire anglaise, peu sexy et proche de la désuétude, le mariage prend relativement vite. Aux côtés d’Arsène, Arsenal semble revitalisée, Arsenal gagne en charme et retrouve une jeunesse qu’elle n’espérait plus. Trois titres de champions et trois coupes d’Angleterre en l’espace de six ans, et surtout l’éclosion de jolis bébés à l’image de Thierry Henry, de Patrick Vieira et, plus tard, de Robert Pirès. Arsène est plein de surprise, de fougue, d’idées novatrices et surtout, de ressources. Il se réinvente sans cesse, pour continuer à lui plaire, malgré les années qui passent. L’apogée en proche, en 2006, lors d’un week-end à Paris. Arsène est sur le point de permettre à Arsenal de remporter l’objet le plus inestimable, celui qu’elle ne cesse de lorgnée depuis toute jeune : la Ligue des Champions. À quinze minutes près, il lui appartenait, avant qu’une irrésistible catalane ne lui arrache in-extremis.

L’amour dure vingt-deux ans

Oui mais comme souvent, l’amour s’estompe petit à petit. Arsenal se sent tellement belle qu’elle souhaite voir plus grand. Son domicile d’Highbury ne lui convient plus : trop vieux, trop petit, trop discret, sûrement. Avec Arsène, ils déménagent dans une nouvelle maison, neuve, clinquante, et surtout, bien plus spacieuse, qu’ils appelleront sobrement l’Emirates Stadium. Les habitudes se perdent, logiquement, les repères ne sont plus. S’en suivent sept longues années moroses, sans qu’aucun trophée ne soit remporté. Plus rien. Pas même une coupe. Avec le temps, Arsène n’y arrive plus. Mais pourtant aucun des deux ne semblent tenter d’aller voir ailleurs. Ils s’accrochent, en vain, à leurs périodes de gloire, comme un vieux couple qui aurait peur d’un quelconque changement. Les deux savent ce qu’ils y gagnent, mais encore plus ce qu’ils y perdent. Alors ils résistent à la tempête, tant bien que mal.

Et dire qu’un jour, ils ont été heureux, ensemble. Photo : AFP

Et même s’il ne plus remplit l’armoire à trophée, Arsène permet à Arsenal de vivre mieux que quiconque en Angleterre, grâce à un sens des affaires particulièrement développé. La balance est systématiquement positive, et Arsenal s’en vante régulièrement auprès de ses meilleures ennemies que sont Manchester City, Manchester United et Chelsea, qui, elles, dépensent souvent sans compter. Sauf qu’Arsène vieillit, Arsène n’attire plus, il a perdu toutes les qualités qui avaient pu, un jour, séduire Arsenal. Le divorce semble désormais plus proche que jamais, vingt deux-ans après. Et s’ils se quitteront bons amis, il est presque certain qu’Arsène reviendra montrer ses muscles, chez lui, en France, alors qu’Arsenal craquera certainement pour le charisme d’un jeune espagnol, ou pour le charme d’un élégant italien. Mais l’histoire qui les aura liée toutes ces années, aucun des deux ne l’oubliera. Jamais…

Jérémie Richalet

Crédit photo de couverture : Getty Images

 

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