Le vrai prix des moteurs électriques

Le cobalt, composant primordial des batteries a vu son prix multiplié par trois depuis l’été 2016, dopé par le succès des véhicules électriques. Mais sa production a un coût humain et environnemental élevé.

Enfants travaillant dans une mine de cobalt

Ce minerai, que personne ne convoitait il y a encore 10 ans, a connu une évolution remarquable. Le cobalt, issu du nom « Kobold », créature de la mythologie germanique, a vu son prix passer de 21000$ la tonne à 79000$ en l’espace de seulement un an et demi. Historiquement, le cobalt était essentiellement prisé par les peintres, qui était un substitut au bleu ultra marine, plus coûteux. Monnet et Van Gogh l’utilisaient pour peindre les ciels et ou les ombres.

Un minerai capital

Cette flambée de la demande et des prix est directement lié au développement des véhicules électriques. Comme pour le lithium, il est utilisé pour la fabrication des batteries, ce métal rendant possible une certaine densité énergétique, impérative pour la capacité et l’autonomie des batteries. Certains considèrent que son prix est déjà surévalué, une partie de la production étant stockée pour être revendue plus tard, lorsque le cours sera plus haut. Les constructeurs automobiles envisagent déjà l’avenir en cherchant de nouvelles solutions, mais pour l’instant, ce minerai est vital pour leur activité. Certains ont même cherché, comme BMW, à garantir leur approvisionnement en passant des contrats à long terme, sans succès.

Mais non sans impact

La majorité de la production de cobalt provient de la République Démocratique du Congo (ancien Zaïre), une région très instable. Ensuite, le minerai est envoyé en Chine où il est traité, dans des conditions néfastes pour la planète. En RDC, les droits humains et le respect de l’environnement étant inexistant, on y observe le travail d’enfants, l’absence de moyens de protections sanitaires et le lien entre l’extraction du cobalt, du nickel et du cuivre, et le financement de conflits armés. Il ne reste d’ailleurs qu’une seule compagnie minière « Glencore » qui exploite encore en RDC, la majeure partie des autres firmes ayant quitté le pays, en proie à l’instabilité et au racket.

La Chine, seul maître à bord

C’est finalement l’Empire du Milieu qui rafle la mise, ayant énormément investi en Afrique et étant l’un des seuls pays à tolérer un transformation du minerai sur son sol, extrêmement polluant. En position de monopole, la Chine ne renvoie qu’une partie du cobalt en Europe, le reste étant réservé à la Corée, au Japon et à la Chine. La maitrise des ressources dans une période de besoin n’a jamais été aussi cruciale et ils l’ont bien compris.

Finalement, on observe une sorte d’hypocrisie de la part des pays européens, fervents défenseurs de la voiture électrique. Mieux vaut polluer chez le voisin, où les coûts humains et environnementaux sont externalisés. Il y a peu Carlos Ghosn s’était exprimé face à l’engouement pour l’électrique, rappelant que l’exploitation des terres rares, des minerais et le problème de recyclages des batteries était un enjeu dont il fallait se soucier avant qu’il ne soit trop tard.

Pierre Jarnoux

 

Crédit photo de couverture : Reuters

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