Le grand retour du jeu à Paris : pourquoi l’Etat reprend la main ?

Depuis fin 2014, les joueurs parisiens attendent avec impatience la réouverture de « cercles de jeux » dans la capitale. Les rumeurs se voulaient déjà insistantes depuis début 2017, mais les choses se précisent. On ne les appellera plus « cercles » mais « clubs de jeux ». Cependant le principe reste le même, les Parisiens pourront d’ici quelques mois retrouver plusieurs endroits pour assouvir leur passion.

Le cercle Clichy Montmartre, seul rescapé des fermetures des cercles de jeux à Paris. @PokerCCM

Partouche, Tranchant et Raineau se sont tous trois portés candidats pour la gérance des clubs. Des demandes qui sont actuellement étudiées par la Commission des Jeux. Ce renouveau est rendu possible grâce à la nouvelle loi mise en vigueur le 1er janvier 2018. Jusque-là, les casinos n’avaient pas l’autorisation de s’implanter dans la capitale. Ces nouvelles mesures et la volonté de confier la gérance des clubs à des groupes fiables affirment le fait que l’Etat a définitivement repris la main sur le jeu parisien. Alors pourquoi et comment l’Etat a subitement repris le contrôle ?

Les cercles parisiens : une affaire corse

L’Aviation Club de France, le Cercle Wagram, Le Galion, autant de lieux mythiques dans lesquels se côtoyaient le temps d’une partie : simples passionnés de poker, joueurs professionnels, et même quelques figures du banditisme depuis le début des années 50. Si le monde du jeu et sa clientèle ont beaucoup évolué depuis ces années, les cercles de jeux sont restés aux mains des mêmes propriétaires pendant tout ce temps. En effet, légués après la guerre comme « tribu de guerre », les cercles de jeux parisiens ont toujours été géré par les familles corses. Et souvent pas n’importe lesquelles, outre les clichés vus dans des séries comme Mafiosa, il est bien établi que le « milieu » corse était aux manettes du jeu parisien.

Blanchiment et corruption : les raisons de ces fermetures massives

Seulement après de nombreuses années d’impunité, la Police des jeux a commencé début 2012 à s’intéresser plus précisément à ces salles de jeux. En pleine explosion du poker en France, les cercles vivaient des jours plus que prospères. Mais les enquêtes, mandatés par l’Etat ont abouti à des découvertes qui ont définitivement aboli leur monopole.

Jean-Angelo Guazzelli (à gauche), le patron officieux du cercle Wagram a écopé de 2 ans ferme pour « détournements de fonds »   @CorseMatin

D’énormes sommes d’argent liquide non déclarées ont été retrouvées. Entre détournements de fonds et blanchiment d’argent, l’Etat a obtenu plus de raisons qu’il ne l’espérait pour pouvoir taper un grand coup de pied dans la fourmilière. Entre 2012 et 2015, ce fût une véritable hécatombe : la totalité des cercles ont été fermés après des descentes de police improviste. Tous, mis à part le cercle Clichy Montmartre qui jouit depuis d’un monopole qui devrait s’achever dans les prochains mois.

Une nouvelle donne pour le jeu parisien

Pendant ces quelques années de transition, si le cercle Clichy a accueilli la majorité de la clientèle parisienne, la capitale a vu proliférer de plus en plus de « parties privées ». Une pratique totalement interdite du moment que son organisateur prélève un pourcentage des coups joués pour sa propre poche. Diminuer fortement ces parties clandestines fait également partie des objectifs de l’Etat en réouvrant des salles au sein de la capitale. Alors entre « cercles » et «clubs » concrètement, qu’est-ce que change ? L’Etat récupère donc une partie des recettes du jeu et l’assurance que les parties soient gérées par des groupes « officiels ». Les détails restent à être définis, notamment sur le  montant du « rake » (les prélèvements) mais un responsable de casino nous confie « les clubs vont se situer entre les cercles et les casinos, l’Etat va trouver un compromis pour satisfaire tout le monde. Les vrais perdants dans cette histoire seront Clichy et le casino d’Enghien qui vont devoir faire face à la concurrence ».

Une chose est sûre, les plus ravis sont sans aucun doute les joueurs parisiens, comme Hugo : « On va enfin pouvoir rejouer au poker à Paris ! »

 

Ludovic Heinry

 

Crédit photo de couverture :  Marc Chaumeil

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