La folie de Pigalle n’est plus

Ah, Pigalle, ce quartier tant animé où tout est permis. Ce quartier de débauche et de sexe qui a inspiré tant de films les plus jouissifs et romanesques du 20ème siècle. Aujourd’hui, les rues sont assagies et le jeune branché a remplacé le touriste qui ne consomme plus. Les maisons closes ont laissé place aux sex-shops et bars à strip-tease. Pigalle n’est plus Pigalle.

Les rues désertes ne laissent place qu’à des magasins érotiques. Crédit photo Mathilde Caron

Il est considéré comme le quartier chaud de Paris depuis toujours. A la fin du 19ème siècle, des maisons closes, des bordels et autres hôtels de passes s’y implantent. Les clients viennent alors s’y cacher pour consommer alcools, drogues et prostituées. Cependant, après la Seconde Guerre Mondiale, en 1947, une loi fait interdire les maisons closes. Elles doivent alors fermer leurs portes les unes après les autres et les prostituées prennent quartier dans les hôtels de passes et les bars. Les maisons du sexe sont elles ensuite poursuivies pour proxénétisme.

Pigalle aujourd’hui

Bien loin s’est éloignée la folie romanesque de Pigalle du 20ème siècle. Rues désertes, bars à hôtesses et vitrines fermés, le quartier du sexe est bien sage. Une pluie fine s’abat sur la devanture des nombreux sex-shops et bars à strip-tease omniprésents sur le boulevard de Clichy. Le décor peut paraître obscène : des femmes en sous-vêtements et parfois totalement nues sont dessinées sur tous les commerces du quartier, « Pussy » ou « Filles Sexy » sont les noms des bars des coins de rues.

Les néons roses attirent le regard et colorent ce quartier particulièrement grisonnant. Si l’aspect festif de ces boutiques peut attiser la curiosité, l’ambiance n’est clairement pas au beau fixe si l’on s’approche de plus près. Des femmes de tout âge se tiennent devant leur commerce pour espérer convaincre les passants.

L’une d’entre elle est brune et a une quarantaine d’années. Elle n’a pas un cheveux blanc mais son visage parait épuisé. En effet, son travail est difficile et ses cernes noirs en témoignent. Vêtue d’un manteau épais et d’une écharpe nouée autour de son cou, elle descend même sur le trottoir, harponnant le bras d’un homme qui parait pressé. « Des belles jeunes filles vous attendent à l’intérieur ! » lance-t-elle, pour tenter de l’exciter. « Non merci ! » se contente-il de lui répondre d’un ton sec, tout en lui enlevant brusquement sa main, comme pour briser tout contact.

A coté, un autre bar à strip-tease similaire. Une jeune femme brune, typée et très pulpeuse occupe la même activité. Malgré l’ambiance de malaise que dégage cet endroit, elle est formelle :

« Il n’y a aucun débordement ici. Il y a des hommes qui viennent toutes les semaines, mais il n’y a pas vraiment d’habitués. Ce sont généralement des touristes qui viennent simplement s’amuser ! »

Selon ses explications, les clients sont très « polis » et n’ont pas le droit de toucher les strip-teaseuses. « Il arrive que certains hommes essaient d’aller plus loin, donc on essaie de les calmer. S’ils continuent, ils sortent » termine la jeune femme, insistante.

Plus loin sur le boulevard, c’est un homme particulièrement âgé qui se tient à l’entrée de son bar à strip-tease, cigare à la main. Il discute avec deux jeunes filles qui semblent intéressées et tient le même discours. « Si vous cherchez le dernier bar à hôtesse, il se trouve derrière cette rue » leur explique-t-il, indiquant la rue Jean-Baptiste Pigalle. « Un deuxième bar se situe en bas de cette rue, à droite, sur la rue Douai » ajoute le vieil homme.

Bar à hôtesses ou « bar à champagne »

Au 64 rue Jean-Baptise Pigalle se niche le bar des 3 Roses, considéré comme le dernier bar à hôtesses du quartier. Une devanture très étroite et sombre fait guise de porte d’entrée. L’endroit parait cadenassé. Une silhouette de femme se dessine derrière la transparence de la porte. Il faut sonner et lui faire signe pour pouvoir pénétrer dans le bar.

A l’intérieur, une lumière rouge tamisée plante immédiatement le décor. La pièce est petite. Le bar très bien garni se trouve immédiatement à droite. A gauche, les tables sont toutes séparées et isolées avec un rideau, rendant cet espace particulièrement intime. Les sièges en forme de divans font l’effet d’une invitation au plaisir charnel.

La silhouette que l’on peut apercevoir à travers la porte est en réalité une sublime jeune femme. Assise au bar, elle se tient devant la porte pour une bonne raison : attirer les clients. Brune aux cheveux longs et lisses, Marie* porte un décolleté plongeant qui laisse apparaitre la naissance de sa poitrine. Un pantalon moulant recouvre ses longues jambes fines. Son regard de biche relevé par de longs faux-cils hypnotiseraient n’importe quel homme.

En face d’elle, une dame âgée mais pleine de poigne marque le contraste. Son accueil est bien moins chaleureux. Il s’agit de la patronne du bar. A l’annonce du terme « Bar à hôtesse », la vieille dame clame que son bar n’est pas à hôtesses mais « à champagne ». Comme la première femme, elle explique que ses clients sont très « corrects ». « Ils viennent ici pour passer du bon temps avec Marie, rien d’autre », assure-t-elle, elle aussi, d’un ton insistant. Elle poursuit en expliquant que rien n’est promis aux clients en retour de leur consommation de champagne, comme l’affirmaient quelques rumeurs.

« Prostitution déguisée »

Le célèbre club « Les folies Pigalle » a fermé ses portes. Crédit photo Mathilde Caron

Comme le publiait le site Internet Paris Zig Zag, « si officiellement, dans les bars à hôtesses tout acte sexuel est strictement interdit, les fameuses hôtesses des derniers bars n’hésitent clairement pas à ouvrir la braguette de leurs clients, à condition, bien sûr, que ces messieurs leur glissent quelques gros billets dans la bretelle du soutien-gorge. En échange, le client consomme et offre des verres à sa “bien-aimée” d’un soir. Les prix des consommations peuvent très vite grimper, plus de 50 euros le verre par exemple. Si le client achète une grosse bouteille à environ 200 euros, l’hôtesse peut alors lui proposer une partie de jambes en l’air, moyennant quelques billets supplémentaires. C’est de la prostitution déguisée. »

Jean-Pascal, touriste provincial, expliquait à Paris Zig Zag : « Le but est de simplement nous faire consommer des boissons. Les filles viennent te chauffer pour te faire consommer des bouteilles ultra-chères et tu n’obtiens même pas forcément ce pour quoi tu es venu à la base… ».

Selon ce client, l’objectif des hôtesses est de faire consommer le client pour qu’il paye le plus possible, sans rien en retour. Ce n’est cependant pas ce que la patronne du bar des 3 Roses explique. « Marie sympathise avec les clients, c’est tout, il n’y a aucun contact physique ». Marie, elle, ne dit rien, tête baissée, comme pour éviter toute conversation.

Le deuxième bar recommandé par le vieil homme était quant à lui fermé, comme tous les autres du quartier. Le bar des 3 Roses semble alors être le seul « bar à hôtesses » qu’il reste à Pigalle.

Mathilde Caron

 

*Le nom a été changé

Crédit image à la une : Le célèbre Moulin Rouge, symbole de Pigalle. Mathilde Caron.

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