La stratégie Macron au prisme de Notre-Dame-des-Landes

Le règlement de la controverse sur la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes a été rapide. Efficace diront certains, expéditifs selon d’autres. Et si cette affaire était l’exemple parfait de la stratégie d’Emmanuel Macron ?

Crédit photo : Europe 1

Un dossier infiniment délicat

Le nouvel exécutif avait tout à perdre dans ce dossier très délicat. Les risques politiques étaient considérables et le bénéfice inexistant. Si le projet avait de quoi diviser sur papier, l’exécution physique et réelle du plan de construction se serait heurté à une résistance armée. Les images de vagues de CRS chargeant dans les champs auraient été catastrophiques. L’équipement tactique de ces unités urbaines ne convenait pas du tout au théâtre d’opération du bocage. Mais pas question de laisser les gendarmes mobiles évacuer de force des civils, leur matériel et leur formation n’étant pas appropriés. L’état-major de la gendarmerie a travaillé en étroite collaboration avec le cabinet du premier ministre pour se préparer à une guérilla des images. Des drones équipés de caméras étaient prévus pour diffuser et produire des images montrant l’éventuelle violence des zadistes. Enfin un dispositif de brouillage devait couper du monde virtuel la zone.

D’autre part, l’organisation des défenses de la ZAD pouvait tenir le coup une journée complète. Des fortins assurent des points d’appui difficiles à déloger et fournissent des informations stratégiques aux défenseurs, les routes sont bloquées et peuvent être tenues, rendant complexes l’approvisionnement en munitions (grenades non-létales, bombes lacrymogènes, etc.) et en renforts. La perspective de voir les gendarmes refluer ou être bloqués était une hypothèse plausible qui donnait des sueurs froides au gouvernement. Si les zadistes arrivaient à tenir leurs positions au soir c’est un siège qui se serait mis en place. Avec des images catastrophiques pour celle du gouvernement.

 

 

Un arbitrage clair net et précis

Dans cette situation Emmanuel Macron a choisi de faire du jupitérien, c’est à dire considérer son rôle comme De Gaulle l’imaginait. Les spécialistes du droit constitutionnel proposent le terme d' »arbitre » pour le désigner. Les deux camps ont été entendus, largement, et une décision définitive a été prise. Ainsi, le but était de rendre la parole présidentielle cohérente et immédiate, pour la rendre puissante. Le gouvernement a anticipé la crise avec le pragmatisme qui semble le caractériser. Enfin, l’avantage de ce mode opératoire qui devrait se répéter sur les dossiers importants du quinquennat, est que la responsabilité des effet financiers désastreux de cet arrêt sont à charge de ses prédécesseurs. Et ce sans que le gouvernement aie à le préciser directement ce qui n’est jamais très heureux comme l’a montré à ses dépends François Hollande tout au long de son mandat, à tord ou à raison. Emmanuel Macron montre qu’il embrasse pleinement le rôle de monarque présidentiel, rôle qu’il avait synthétisé en parlant du Roi lors de sa visite au Puy du fou en 2015.

 

Slate.fr

 

Gages donnés à son flanc gauche

Les récentes polémiques sur le traitement des immigrés par Gérard Collomb ont été habilement traitées par le gouvernement qui y a donné des gages de rigueur à son flanc droit régalien. Le « et en même temps » qui sert de rail à la ligne de crête tenue strictement par ce gouvernement nécessitait un contrepoids. Dernier point, la crédibilité de Nicolas Hulot sérieusement écornée ces derniers temps avait besoin d’une victoire fusse t-elle symbolique. Dans ces conditions, un arbitrage sur l’aéroport arrive à point nommé. Les coups de communication qu’il a fait régulièrement au sujet du climat (#MakeOurPlanetGreatAgain, le One Planet Summit) sont perçus comme artificiels par le corps électoral de gauche, qui l’assimile à un banquier et par extension à la haute finance hors-sol. Un acte comme celui-ci permet de se distinguer des intérêts particuliers de grands groupes comme Vinci ce qui est un signe très fort d’envoyé. A contrario, les risques politiques sont très peu élevés: les principaux acteurs favorables au projet sont membres de familles politiques disloquées. La parole de Bruno Retailleau (porte-flingue de François Fillon) ou de Joanna Roland (Maire PS de Nantes) sont inaudibles. Quand à un ancrage territorial, seuls les populations vivant sur le flanc Sud de Nantes à proximité de l’actuel aéroport Nantes Atlantique sont pour le transfert. Ils s’agit de populations de retraités ayant investi en espérant une revalorisation critique de leurs bien quand l’aéroport partira. Sociologiquement ces groupes n’ont pas la culture de la manifestation et leurs revendications sont compliquées à mettre en avant puisqu’assez individuelles. Le gouvernement Philippe semble avoir tout gagné dans l’affaire.

 

Louis Lecomte

Crédits photo de couverture :  AFP PHOTO / LOIC VENANCE pour Europe 1

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