Ahed Tamimi, la « freedom fighter » made in Palestine

Ahed Tamimi ne cesse de faire parler d’elle depuis ce fameux 19 décembre. A l’occasion d’une manifestation organisée contre la décision de Donald Trump de reconnaitre Jérusalem comme capitale d’Israël, l’adolescente s’est violemment opposée à deux soldats.

 

Elle risque jusqu’à dix ans d’emprisonnement. Agée de seulement seize ans, Ahed Tamimi est une icône palestinienne. Depuis l’âge de onze ans, l’adolescente s’impose comme une véritable militante jugée  « provocatrice » et « actrice » par les Israéliens. En 2012, on la voit, frêle mais très affirmée, lever le poing face à un soldat en lui menaçant de lui « éclater la tête ». Trois ans plus tard, elle apparait, vêtue d’un t-shirt rose, en train de mordre le poignet d’un soldat qui tentait d’immobiliser son frère. Le mois dernier, Ahed Tamimi insulte deux soldats israéliens qui ont pris position dans la cour de leur maison, avant de frapper du pied et de gifler l’un d’entre eux. Les soldats l’ont arrêtée chez elle, quatre jours plus tard, en plein milieu de la nuit.

« On peut tout prouver »

La scène a fait le tour du monde en quelques heures. En effet, l’altercation a été diffusée en direct sur les réseaux sociaux par le smartphone de sa mère, Nariman Tamimi, pendant que sa cousine de vingt ans, Nour, assistait également à la scène. Depuis, le visage fier d’Ahed s’affiche sur tous les murs de Cisjordanie. Chez les Tamimi, filmer chaque acte est une tradition. Tout est enregistré : les bavures, les insultes, les blessures, comme l’explique Libération. La rébellion d’Ahed est une fierté pour la famille, particulièrement pour son père, Bassem, qui la qualifie de « freedom fighter » avec le sourire. Il confie à Libération : «Aujourd’hui, la caméra est l’arme la plus puissante, la plus efficace pour la lutte. Elle nous donne le pouvoir moral sur le pouvoir matériel de notre ennemi. Les Israéliens sont en colère car ils ne peuvent plus monopoliser les médias. Il y a les réseaux sociaux. On filme tout, on peut tout prouver. »

Ahed Tamimi, âgée de 11 ans, menaçant un soldat de lui « éclater la tête » en 2012. Crédit : AFP

Face à ce spectacle, les Israéliens réagissent et qualifient ce qu’ils dénigrent de « Pallywood », un théâtre de la provocation qui utilise des enfants comme arme pour faire du buzz sur Internet. «La famille Tamimi, qui pourrait ne pas être une vraie famille, déguise des enfants avec des vêtements américains et les paye pour provoquer les troupes de l’IDF [Israel Defence Forces, ndlr] devant les caméras. Cette utilisation cruelle et cynique des enfants est de la maltraitance !» a publié sur Twitter Michael Oren, ex-ambassadeur israélien à Washington et secrétaire d’Etat à la Diplomatie.

Ahed Tamimi en train de mordre un soldat tentant d’immobiliser son frère en août 2015. Crédit : AFP

« Casser le stéréotype »

Si Ahed Tamimi s’affirme comme une militante fougueuse, elle entretient paradoxalement une apparence angélique et très enfantine. Coiffée de boucles blondes, souvent habillée de rose ou de salopette, sans voile, son père profite de l’image qu’elle renvoie pour troubler l’opinion publique internationale. Comme Bassem Tamimi l’explique à Libération,  «Quand ils voient Ahed, les Occidentaux, qui restent pour la plupart racistes, voient leur fille. L’oppressée est blanche. Ça casse le stéréotype du Palestinien basané qui est un terroriste avec une arme à la main. Ça les remue.»

Enfermée depuis le 19 décembre, l’icône palestinienne est accusée de coups et blessures et de onze autres chefs d’inculpation. La décision de la remettre ou non en liberté aurait du être prise lundi 15 janvier. Elle a  finalement été reportée à mercredi, alors que la date de son procès reste inconnue. Son père, lui, dit avoir un « volcan » dans le ventre. Il confie à Libération : «Je suis triste, je suis inquiet, mais je suis aussi fier et confiant. Ahed est très forte. Elle est devenue l’esprit de sa génération.»

Clémence Renard

Crédit image à la une : Ahmad Gharabli, AFP

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s