Le 13e arrondissement : le nouveau fief du street art !

Souvent surnommé le quartier chinois, le 13ème arrondissement attire de plus en plus de touristes pour ses trésors culturels. Depuis 2004, le street art a envahi ses murs. Il est aujourd’hui un musée à ciel ouvert. Un projet soutenu par le maire, Jérôme Coumet.

« Alerte à la bombe » Miss Tic ©Elisa CASSON

Métro Corvisart, la butte-aux-caille. Ce célèbre « village » connu pour ses ruelles et ses impasses est l’un des terrains de jeu favoris des street-artistes. Moulage, collage, pochoir ou encore bombe, toutes les techniques sont représentées. Si l’art urbain débute aux Etats-Unis à New-York, il se propagera très vite en Europe. Ce mouvement va s’étendre dans toutes les grandes villes.

« À Paris, la première œuvre de street art connue date de 1961. L’artiste Christo barricade la rue Visconti à l’aide de barils de pétrole pour dénoncer la construction du mur de Berlin », explique Axelle Carlier, historienne.

Car si cet art est une révolution c’est parce qu’il a souvent une visée contestataire. Au départ illégale, cette pratique comporte des conditions spéciales. Pour ne pas être repéré et interpellé par la police, les graffeurs devaient sévir durant la nuit. Ils se camouflaient avec des vêtements noirs. Et n’oubliaient jamais leurs baskets pour pouvoir s’échapper facilement. La plupart des artistes sont reconnaissables grâce à leurs thèmes récurrents. À l’instar de Miss Tic, grande artiste parisienne dont la renommée est internationale. La jeune femme a d’abord sa propre identité visuelle. Elle travaille en noir et blanc avec une touche de rouge. Sa marque de fabrique ? Les silhouettes de femmes qu’elle détourne.

« Les images de femme que je représente son issues des magazines féminin. Mais je les détourne. Je développe une certaine image de la femme, non pour la promouvoir mais pour la questionner. »

Féminité féline, bombesque et sexy, ses graffitis font mauvais genre. Et c’est le but recherché ! En se servant des stéréotypes de la femme provocante, Miss Tic participe au débat politique et culturel. Ses dessins sont souvent accompagnés d’une formule poétique. Cette dernière joue sur les mots et donne une lecture multiple à la phrase.

La ballade continue

Rue des cinq diamants, on ne compte pas moins d’une dizaine de ses créations. La Butte-aux-Cailles est l’un de ses repères. Mais il n’y a pas qu’elle. Jeff Aérosol, Seth, Speedy Graphito ou encore Zabou se partagent l’affiche. Axelle Carlier explique le succès de ce quartier : « Il est industriel, accessible, populaire et rebelle ». Il ressemble parfaitement à ce mouvement. Au delà de cet endroit, cet art de rue s’étend dans tout l’arrondissement. Jérôme Coumet, le maire, n’y est pas innocent. Certains l’appellent « l’accro au street art ». En 2016, il a reçu la Marianne d’or, une récompense donnée tous les ans à une vingtaine d’élus « qui honorent la République et ses valeurs ». C’est pour la rubrique culture que ce féru d’art a décroché ce titre. En effet, depuis quelques années la mairie, réalise en collaboration avec la galerie Itinerrance et la galerie Mathgoth un parcours artistique appelé le Street Art 13. Cette attraction touristique attire de nombreux visiteurs français et internationaux et donne une grande visibilité au 13e.

« J’avais l’obsession de rendre plus visible le caractère artistique du 13e où se trouvent de très nombreux ateliers. » explique Jérôme Coumet.

Si ce projet a pu voir le jour, c’est d’abord grâce à une rencontre. Celle de Mehdi Ben Cheikh, jeune galeriste, qui s’est implanté dans ce quartier. Ensemble, ils vont collaborer pour promouvoir cet art. Mehdi Ben Cheikh, directeur de la galerie Itinerrance, a voulu concentrer son travail dans le 13e. Pour lui, ce quartier dortoir permet le développement du street art. Les immeubles sont très grands, modernes et se reconstruisent. Cela permet aux artistes de réaliser des grandes fresques. En ce moment, Itinerrance met à l’honneur l’artiste Bom’K dans son exposition personnelle « Effets secondaires ». À chaque exposition, la galerie demande à l’artiste de repeindre le mur d’entrée.

Bom’K – Galerie Itinnerance © Elisa CASSON

Boulevard Vincent Auriol

C’est à la sortie du métro Nationale, qu’on retrouve Bom’K. Ici, il nous suffit de lever les yeux pour apercevoir des fresques, des tags ou encore des graffs. Tout le long du métro aérien a été mobilisé.

Bom’K – Boulevard Vincent Auriol © Elisa CASSON

À l’angle du Boulevard Vincent Auriol, on aperçoit sur la façade d’un immeuble une de ses grandes fresques, terminée il y a quelques jours. Martine, travaille dans une boutique de fleur juste en dessous. Un matin, elle a découvert le mur en chantier : «  Ils sont arrivés et ont balancé les échafaudages. Mon patron leur a demandé de tout retirer parce qu’il n’avait pas été averti. Dans la foulée, on a appelé la mairie, quelqu’un est venu expliquer le projet et le chantier a pu continuer. » La fleuriste regrette ce manque de communication. « Heureusement qu’on aime bien ! » ironise t-elle. Catherine Weigel-D’Angelo, collaboratrice en charge de la culture auprès de la mairie, explique cette situation. Pour elle, il faut garder cet effet de surprise, essence même du street art. « Bien souvent nous ne savons que peu de temps à l’avance quand les artistes vont  arriver pour réaliser leur œuvre, ce qui nous laisse peu de temps pour communiquer » poursuit-elle. Bien que l’art urbain soit aujourd’hui reconnu, il reste encore quelques polémiques. L’année dernière l’artiste Thoma Vuille alias Monsieur Chat a été condamné pour avoir peint ses fameux félins sur les parois en travaux de la Gare du Nord. La frontière entre dégradation et œuvre d’art reste pour certains très mince…

Photo à la Une : © Flickr/JeanneMenjoulet&Cie

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