Non, l’Europe n’est pas contaminée par un nuage radioactif venu de Norvège

Ces dernières semaines, de nombreux internautes se sont inquiétés d’une possible pollution radioactive en Europe. Une situation qui aurait été provoquée par un incident nucléaire survenu en Norvège en octobre dernier. Décryptage. 

Sommes-nous contaminés à notre insu par un réacteur nucléaire norvégien ? Ces derniers jours, l’information a circulé sur plusieurs sites et fait l’objet de discussions sur les réseaux sociaux. Elle fait le lien entre un incident survenu à la centrale nucléaire d’Halden (page officielle en anglais), en Norvège en octobre dernier et les traces d’iode radioactif relevées dans le ciel européen en janvier. Sous des titres alarmistes, ces articles déclarent lever le voile sur un « accident qu’on nous cache » et un « danger pour l’Europe » : les taux de radiation observés seraient la conséquence directe de la fuite d’Halden.

Pourquoi c’est faux

Il y a bien eu un incident à la centrale nucléaire d’Halden, au sud-est de la Norvège. Le 24 octobre 2016, une panne technique survenue lors de la manipulation d’un combustible nucléaire a provoqué la libération d’iode radioactif dans l’atmosphère. Une quantité jugée « faible » par l’autorité Norvégienne de Protection Radiologique, qui a signalé l’incident le lendemain sur son site. A l’époque, l’information était parue dans plusieurs médias français et européens, mais n’avait pas fait l’objet d’une attention particulière.

Jusqu’à février 2017 et une annonce de l’IRSN. Dans son communiqué, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire français expliquait que des traces d’iode 131 avait été détectées dans l’air de plusieurs pays européens dans le courant de janvier. A des « taux anecdotiques« , selon l’agence de contrôle, et signalés pour la première fois… en Norvège.

Niveaux en Iode 131 relevés en Europe en janvier.  Crédit : IRSN

Dans un rapport paru le 14 février, la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD) estimait elle aussi que les retombées avait été très faibles, mais s’interrogeait sur l’origine du phénomène. Le laboratoire indiquait par ailleurs que cette pollution pourrait être la conséquence de « conditions météorologiques particulières » et de l’autorisation de rejet de déchets radioactifs dans l’atmosphère accordée à certaines installations médicales. Un épisode similaire avait déjà eu lieu en novembre 2011, et une enquête avait mené à un institut de production de radioisotopes  basé à Budapest.

Parmi les diverses hypothèses proposées en février pour expliquer ce nouveau nuage, aucune ne faisait alors mention de l’incident d’Halden, et les soupçons se sont à nouveau tournés vers un rejet industriel sans qu’un coupable officiel ne soit désigné.

Confusion

L’histoire aurait pu en rester là. Pourtant elle a refait surface il y a deux semaines, à l’occasion d’un article paru sur un site anglais qui diffuse régulièrement des informations sur de prétendus incidents nucléaires.

« TV : Explosion dans une centrale nucléaire, rejet de déchets dans l’atmosphère ».

Publié le 7 mars, l’article reprenait en partie les arguments d’un rapport rédigé 4 jours plus tôt par la fondation norvégienne Bellona, une organisation environnementale non gouvernementale basée en Norvège. L’agence dénonçait alors bel et bien les défauts de sécurité sur le site d’Halden et pointait les risques qu’une explosion du réacteur se produise. Bellona précisait cependant qu’aucun lien ne pouvait être établi entre cet incident et le nuage de janvier. Une information omise par le site d’information alternatif Energy news, dont le texte a été rapidement repris sur la toile jusqu’à être traduit mot pour mot en français.

Nucléaire et manque d’informations

Contacté par Agora District, Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire et directeur du laboratoire CRIIRAD, est revenu sur la nature et la propagation de cette annonce :

« L’information (autour du nucléaire) n’est pas satisfaisante. Pour Halden (il y a eu) un manque de transparence sur la nature des rejets dénoncé dans notre rapport sur l’incident ».

Avant de revenir sur un autre exemple. Le 19 octobre 2016, soit 5 jours avant Halden, un incident avait eu lieu à la centrale nucléaire de Golfech dans le Tarn-et-Garonne. Au cours d’une opération d’exploitation, l’une des cheminées du site avait émis dans l’atmosphère des rejets dépassant la limite réglementaire. Un évènement qui avait déjà fait l’objet de critiques de la part de la CRIIRAD, note Bruno Chareyron, qui renvoie au communiqué publié suite à l’incident :

« EDF avait attendu 48h pour déclarer le rejet à l’ASN (agence de sûreté nucléaire) et 5 jours pour informer le public. Informer est un bien grand mot. En dépit de ce délai, le communiqué ne contenait aucun élément permettant d’apprécier la gravité de l’incident, que ce soit pour les travailleurs ou pour les riverains ».

L’organisme s’était alors inquiété du peu de réaction de l’exploitant du site, EDF, et avait appelé les autorités concernées à clarifier la situation. « En tant qu’association nous nous battons depuis 30 ans pour qu’il y ait plus de transparence, et on est loin du compte », explique Bruno Chareyron, qui pointe cependant les « moyens modestes » dont bénéficie son laboratoire. « En cas de catastrophe sur un réacteur, ou de suspicion de rejets massifs, la CRIIRAD se mobiliserait pour essayer d’améliorer l’information des citoyens. Elle l’a fait au moment de Fukushima pour conseiller les citoyens sur les retombées en France et au Japon. Ainsi que pour les rejets du réacteur à Budapest en 2011″. Celui donc qui avait mené à l’épisode précédent de détection d’iode radioactif dans l’air européen.

Concernant les explications proposées pour janvier 2017, Bruno Chareyron indique d’ailleurs qu’il « faut rester prudents et ouverts sur les hypothèses : l’IRSN et la NRPA nous ont indiqué que pour les constatations de janvier ils ne parvenaient pas à reconstituer l’origine de la contamination ».

Malgré ces difficultés, il précise cependant que les taux sont bien revenus à la normal pour le mois de mars -c’est-à-dire proches de zéro concernant l’iode 131 qui est un radionucléide artificiel- et que « les niveaux mesurés en France en Janvier sont associés à des niveaux d’exposition très inférieurs aux taux à partir desquels des mesures de protection sont recommandées », notant toutefois qu’en « matière d’exposition à la radioactivité, il n’y a pas de seuil d’innocuité ».

Max Morgene

Crédit Photo à la Une : Droits réservés

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