Pays-Bas : la tension monte à trois jours d’un scrutin clé

Le refus des Pays-Bas d’accueillir le ministre turc des Affaires étrangères sur son territoire samedi a mis en lumière les difficultés auxquelles est confronté le pays, en pleine campagne électorale. A trois jours d’un scrutin législatif capital, les questions d’immigration et la poussée de l’extrême droite sont au coeur des débats. 

La tension monte aux Pays-Bas. Après l’Allemagne, c’est la Haye qui a haussé le ton avec la Turquie, à quelques jours des élections législatives. Samedi, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a été refoulé à l’aéroport alors qu’il devait se rendre à un meeting de soutien à une réforme constitutionnelle qui prévoit de renforcer les pouvoirs du président Recep Tayyip Erdogan. Une situation qui a déclenché les foudres d’Ankara, qui a réagi dans la foulée en évoquant un « retour au nazisme et au fascisme« .

Un contexte tendu

Cet épisode inédit intervient alors que la campagne qui oppose le Premier ministre libéral Mark Rutte et le député d’extrême droite Geert Wilders bat son plein. Ce dernier s’est d’ailleurs fendu d’un tweet en réaction à la décision du gouvernement d’interdire l’accès à son sol au diplomate turc.

« Des décennies de frontières ouvertes, une immigration de masse, pas d’intégration et la double nationalité, et voilà le résultat. »

Connu pour sa rhétorique anti-islam, M. Wilders a promis s’il devenait Premier ministre de fermer les frontières aux immigrants musulmans, d’interdire la vente du Coran et de fermer les mosquées. L’élu a d’ailleurs fait de la vague anti-immigration en Europe l’une des ses principales armes de campagne. Un argumentaire qui n’a pas empêché son Parti pour la Liberté (PVV) de reculer ces dernières semaines, avec 22 sièges crédités.

De son côté, Mark Rutte brique un troisième mandat à la tête du pays et tente de repousser son concurrent d’extrême droite. Selon les derniers sondages de l’institut Maurice de Hond publiés dimanche, son Parti libéral populaire et démocrate (VVD) se hisse à la première place avec 24 sièges crédités sur les 150 que compte la chambre basse du parlement. Mais loin des 40 dont il dispose dans le parlement actuel.

Séduire les électeurs d’extrême droite

Dans une tentative de courtiser les partisans du PVV, le Premier ministre a déjà lancé un appel à respecter les « valeurs néerlandaises« , à s’y adapter ou à partir. La semaine dernière, des centaines de personnes se sont rassemblées dans deux mosquées lors de deux événements distincts à Amsterdam et Rotterdam pour exprimer leurs inquiétudes face à la discrimination grandissante. « Sans aucun doute, les dangers posés par le groupe Etat islamique et d’autres groupes radicalisés, ont incité les gens à se regarder différemment », remarquait vendredi le blogueur Nourdeen Wildeman lors d’un débat dans la plus grande mosquée du pays, à Rotterdam. Les élections aux Pays-Bas sont d’autant plus observées de près qu’elles seront suivies par deux autres scrutins, en France et en Allemagne, également marqués par la montée de courants eurosceptiques ou anti-immigrés, encouragés par le Brexit.

Mais avec un total de 28 partis et 12,9 millions d’électeurs, les résultats risquent d’être fortement fragmentés et la formation du prochain gouvernement pourrait prendre des mois. Plusieurs partis ont dressé un cordon sanitaire autour du PVV de Geert Wilders, et disent vouloir refuser toute alliance avec lui.

Composition de la chambre basse sortante du Parlement néerlandais. Crédit : AFP

Les résultats de mercredi devraient ainsi ouvrir la voie à d’importants marchandages dans lesquels les petits partis pourraient jouer un rôle déterminant, comme le parti écologiste et son chef de file Jesse Klaver. « Mes armes sont l’espoir et l’optimisme », disait à l’AFP samedi cet homme politique de 30 ans en marge d’un débat à Eindoven, dans le sud du pays. « Nous construisons un mouvement qui est plus fort qu’aucun parti aux Pays-Bas », a-t-il ajouté. D’autres se voient déjà Premier ministre, comme le chef du parti D66, Alexander Pechtold. « Je pense qu’il devrait y avoir une alternative à M. Rutte et qu’elle devrait être une alternative progressiste », a-t-il déclaré à l’AFP au terme de l’échange.

Max Morgene avec AFP 

Crédit image à la Une : AFP

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