[Reportage] A la rencontre de la Sape !

La Sape. Plus qu’un code vestimentaire : un art de vivre, une philosophie, et un incontournable de la culture congolaise depuis  un peu plus de 50 ans. Enquête.

Le maître-mot de la Sape : Élégance, et ce en toutes circonstances. Et pour cause, le mot Sape se traduit lorsqu’on décortique l’acronyme : Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes.

Hassan Salvador et ses deux amis attendent un taxi pour se rendre à un mariage. Crédit : Hector Mediavilla
Hassan Salvador et ses deux amis attendent un taxi pour se rendre à un mariage.
Crédit : Hector Mediavilla

Peu connus en France, l’évocation des sapeurs est souvent mal interprétée et s’associe au mot « pompiers »…  L’erreur peut faire esquisser un sourire, mais cache principalement un manque d’informations de cette culture, révélatrice de la relation Afrique-Europe au cours de l’histoire.

« Un moyen de s’affranchir »

Pour Jean-Marc, sapeur, l’origine de cette mode vient de la colonisation du Congo par la Belgique au début du XXème siècle, elle est un symbole de liberté.

Carte des différentes parties du Congo divisées par les pays colonisateurs.

« Quand les colons sont arrivés ils étaient dans les quartiers du centre-ville. Donc les parents qui allaient travailler au service des colons rentraient le soir pour dormir et retrouver leur famille. Et avec eux ils prenaient des habitudes comme la façon de s’habiller. La semaine ils ne s’habillaient pas chic, le travail le permettait pas mais le dimanche ils s’endimanchaient. Ça voulait dire qu’ils avaient réussi, qu’ils s’étaient affranchi ».

C’est en 1960 qu’elle fut popularisée, à Brazzaville et Kinshasa, avant de s’étendre dans d’autres pays d’Afrique et dans les diasporas congolaises en France et en Belgique.

Le bal des Sapeurs

Le 12 février dernier,  le bar l’Alimentation Générale dans le 11ème arrondissement de Paris, a organisé une soirée sur le thème du « Bal des Sapeurs« .

Affiche de la soirée Bal des Sapeurs, à l'Alimentation Générale. Crédit : Juliette Faucheux.
Affiche de la soirée « Bal des Sapeurs », à l’Alimentation Générale.
Crédit : Juliette Faucheux.

Le groupe Kebo Mfumu se donne en spectacle ce soir-là.  La recette est efficace : un rythme entraînant, une grande proximité avec le public invité à monter sur scène, une musicalité travaillée et réussie, de la bonne humeur et des cou-leurs.

La sape, plus que du tissu

Celui qu’on surnomme « Zalahandoh la Trans »,  le joueur de maracasses du groupe, zaïrois d’une cinquantaine d’années, habillé d’un costume beige et noir, explique le concept de la culture de la Sape :

« La Sape, c’est pas qu’une histoire de vêtements. Oui, il faut être bien habillé, être classe.  Mais la Sape n’existerait pas sans la danse, la musique, la fête ! »

Pour le musicien, la sape est un état d’esprit. Le style vestimentaire varie légèrement en fonction des pays. Bien souvent en costume, les hommes associent des couleurs vives « et aiment se faire remarquer ». Sans oublier l’indispensable : le chapeau.

Zalahando la trans a  l’air très sage, ce qui contraste avec la folie rythmée qu’il a sur scène. D’un calme presque contagieux, il se fait souvent interrompre par des spectateurs pressés de le féliciter, et des proches venus lui faire son éloge. Presque gêné de tous ces compliments, il perd quelques secondes le fil de la conversation avant de continuer sa description. L’artiste se considère davantage comme un dandy que comme un sapeur. Il explique « d’un côté vous avez les sapeurs, plus excentriques. De l’autre les dandys, plus raffinés ».

Vidéo clip de Solange Knowles, "Losing you" qui met en scène des sapeurs. Crédit : The Guardian.
Vidéo clip de Solange Knowles, « Losing you » qui met en scène des sapeurs.
Crédit : The Guardian.

 Un patrimoine reconnu

Née de la colonisation et de la volonté de libération, la sape fait aujourd’hui entièrement partie du patrimoine congolais. Jean-Marc explique « même les ministres [congolais] s’en réclament. Même le Président de la République on veut qu’il soit reconnu comme un sapeur. Et c’est d’ailleurs devenu quasiment une corporation parce que le jour de la fête nationale, le 15 août tous les corps de métiers défilent. Les infirmières, l’enseignement, et après vous avez les sapeurs ».  

La sape est non seulement une véritable culture avec ses propres normes et valeurs, reconnue officiellement, mais aussi un art haut en couleurs (qui pourtant respecte la règle de 3 en matière de vêtements et d’association des coloris), comme expliqué plus haut. C’est pourquoi plusieurs personnalités publiques intègrent la sape à leurs créations et la soutiennent. Comme il est possible de voir dans le clip de la chanson « Ay mama » de Singuila :

Mais aussi Gael Monfils qui célèbre sa victoire en adoptant une position typique de sapeur, Stromae qui va à la rencontre de sapeurs au Congo,  ou encore Maître Gims et son célèbre titre « Sapés comme jamais« .

La sape ne pourrait être qu’à ses débuts, car au delà de la créativité qu’elle génère, elle est un beau moyen d’expression rempli de combats.

Juliette Faucheux

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