[Reportage] Le quotidien d’un dealer en col blanc

Sur fond de débat politique sur la légalisation du cannabis, John Doe, jeune dealer en col blanc, a accepté de nous décrire son quotidien marqué par des études en alternance, le traffic de drogue et ses envies de découverte. Rencontre.

Avec sa chemise blanche, ses chaussures cirées et son porte-documents, John* a tout de l’élève modèle. A 22 ans, il clôture un BTS en vente après des études brillantes. Pour le jeune homme, ce parcours répond à une certaine logique, née de son enfance en Martinique. D’aussi loin qu’il se souvienne, il a toujours eu la fibre commerciale :

« Quand j’étais ado, la vie n’était pas toujours facile. Avec mes potes il a très tôt fallu trouver des moyens de s’en sortir. En montant des petits business, en refourguant des trucs ».

Mais avec ses trois matinées de cours par semaine et ses quatre jours de travail en alternance, John a aussi beaucoup de temps à tuer. Alors, pour assurer son train de vie et entretenir ses talents de vendeur, il s’est lancé il y a 3 ans dans le traffic de drogue : « Principalement du cannabis, ça doit représenter au moins 90% de mes ventes. Mais pour les demandes spéciales, il y a toujours moyen de s’arranger. Pour ça généralement je me fournis sur internet ». Une combinaison si rodée que John parle aujourd’hui d’un équilibre dans son quotidien.

« C’est une adéquation entre ce que je sais faire, ce que je fais et ce que je veux faire. »

Profession : dealer

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Professionnel. Le mot revient tout le temps aux lèvres de John. Comme tout bon commerçant, il se fixe des objectifs de vente et planifie des rendez-vous d’affaire importants. Sur lui, il a toujours deux téléphones mobiles « un pour les amis et un pour les clients, alimenté en cartes prépayées ». Le jeune homme n’est pas avare en précautions lorsqu’il s’agit de préserver son business et surtout sa crédibilité. Il préfère d’ailleurs rester évasif sur ses recettes : « quelques milliers d’euros par mois, parfois plus ». De quoi en tout cas « envisager d’investir dans un ou deux food trucks d’ici la fin de l’année ». Sa crainte ? Voir ses « rêves de réussite » s’effondrer à cause d’une erreur. « C’est en partie pour ça que je suis devenu vendeur à domicile, plus discret » précise John. D’ailleurs, le jeune homme n’envisage pas de d’exercer cette activité toute sa vie.

« Pour l’instant, je fais ça pour avoir un peu d’argent. Mais plus tard, quand je serai bien installé, j’arrêterai de vendre ».

Il confie d’ailleurs ne pas avoir de « passion » particulière pour la drogue, une « marchandise comme une autre ».

Passions : voyages et rencontres

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Dans la vie de tous les jours, John préfère jouer la carte de l’ordinaire. Le jeune homme fait attention à l’image qu’il projette, il soigne son allure et entretient une bonne hygiène de vie, jusqu’à contrôler sa consommation :  « de la weed, toujours de la weed et sous certaines conditions ». Son seul péché mignon, ce sont les voyages : « en Indonésie, au Costa Rica ou en Australie avec mes potes surfeurs ». Une façon de « s’évader de la vie quotidienne » et de « découvrir et échanger » confie le jeune homme. Ce qui ne l’empêche pas d’apprécier « revenir aux affaires » quand il retrouve son pavillon. Et dans son secteur d’activité, les occasions d’échanger ne manquent pas.

« On fume des bédos tranquille en regardant des débats politiques et puis on refait le monde. »

Au gré des livraisons, John a été amené à faire des tas de rencontres. « Tous les profils, des gars au RSA aux étudiants de sciences po. On voit de tout, des fans d’aliens, des théoriciens du complot. Quand ils fument, certains passent des nuits entières à regarder des vidéos sur Youtube, ça peut leur flinguer le cerveau ». Le jeune homme  confie que lors de ces discussions, il y a des cibles privilégiées. Les médias, les politiques, les tenants du « système ». Alors souvent ça part en débat : « J’ai un pote qui deal aussi, il passe sont temps à publier des articles sur Facebook. Souvent ça vient de sites « anti-système » mais il a une vraie opinion politique ».

« Beaucoup de gens ont des préjugés sur ce que doit être un dealer : c’est le gars des cités qui enflamme des voitures. Parfois, ils se trompent. »

Passe temps : politique

Pour le jeune homme, les mots « dealer » et « politique » ne sont pas incompatibles. Au contraire, il affirme que ses rencontres avec un public varié lui ont permis de forger un « véritable intérêt pour la question ». Mais le jeune homme sait aussi que pour le bien de ses affaires, il doit rester attentif à son environnement. Pour l’instant il confie se fournir « sans crainte » en Espagne mais reconnaît s’inquiéter des répercussions des résultats des présidentielles sur son activité. Sur la question du cannabis, seuls Benoit HamonEmmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon se sont pour l’instant montrés favorables à une dépénalisation voire à une légalisation. « Des idées qui pourraient nuire à mon business d’un point de vue comptable mais qui auraient le mérite de faire bouger le débat, contrairement aux mesures de répression proposées par certains candidats » confie John avant d’enfourcher son vélo pour sa prochaine tournée.

Max MORGENE

* Le nom a été changé pour des raisons d’anonymat.

Crédit Image à la Une : Pascal WACHTER

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