Du dur à cuire à l’homme ébranlé, les deux visages de François Fillon

Hier à Paris, le candidat de la droite à la présidentielle a joué la carte de la sincérité et de la transparence. Une stratégie amorcée depuis le début du  « Penelope Gate » qui tranche avec l’image austère et discrète cultivée par François Fillon pendant les primaires. 

Du gagnant de la primaire à droite, les commentateurs avaient surtout retenu une image austère, sobre et discrète. Un portrait médiatique que François Fillon considérait comme un atout essentiel pour la conquête du pouvoir, opposé à la communication à outrance de certains de ses adversaires. Le « Pénélope Gate » a changé la donne. Depuis les révélations du Canard enchainé sur les emplois présumés fictifs de sa femme, l’ex-premier ministre a amorcé un virage à 180 degrés en jouant sur la corde sensible et la proximité avec le public. D’abord, il y a eu cette intervention sur TF1, pendant laquelle François Fillon a misé sur l’émotion et rappelé son amour sans faille pour son épouse.  Puis son discours prononcé à la Villette quelques jours plus tard, qui a mis en scène un homme ému, prêt à tout pour défendre l’honneur de sa famille.

Hier, depuis son siège de campagne à Paris, François Fillon devait dissiper les doutes et affirmer ses positions. Pour cela il a achevé sa métamorphose, basée sur une stratégie de connivence avec les électeurs. Il s’est d’abord livré à l’exercice de la contrition, répondant aux appels de plusieurs membres de son parti : « C’était une erreur, je le regrette profondément, et je présente mes excuses aux Français. » Et de confesser ses torts sur le plan moral et éthique. Aux journalistes qui ont soulevé les approximations dans sa défense, le candidat a répondu qu’il avait pris « cette accusation dans l’estomac ». « Oui elle m’a déstabilisé, oui je ne m’attendais pas à une telle violence […], maintenant je suis debout. Je ne suis certainement pas parfait mais j’ai une vie politique qui parle pour moi et j’ai un projet soutenu par plus de 4 millions de Français. » a précisé François Fillon. A mi-chemin entre la dureté incarnée par le vainqueur de la primaire et la sensibilité du candidat en pleine tempête.

La carte de la transparence

Pour François Fillon, cette conférence avait tout d’une opération de la dernière chance. L’homme qui avait fait de la probité l’un de ses grands arguments de campagne a dû se résoudre à jouer cartes sur table pour tenter de regagner les faveurs d’un électorat qui lui tourne le dos. En livrant le détail des sommes perçues par sa femme et ses enfants,  il a signé la mise à mort d’une politique de la discrétion qui lui avait réussi lors de la primaire à droite. Opposé aux mastodontes « surexposés » Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, le candidat Fillon avait créé la surprise. A l’issu de premier tour, il évoquait même ce qu’il estimait être sa signature : « Depuis des mois et des mois, je trace mon sillon calmement ». Mais les projecteurs braqués sur la famille du candidat depuis l’éclatement de l’affaire l’ont contraint à revoir sa copie et à s’inscrire dans le rang. En prenant même un peu d’avance. Sur son site de campagne, François Fillon a publié sa déclaration de patrimoine ainsi qu’un tableau reprenant l’ensemble des salaires perçues par sa femme. Pendant sa conférence, il est allé jusqu’à annoncer la valeur de sa maison dans la Sarthe et la revue de son patrimoine. Une façon pour le champion de la droite de reprendre le contrôle sur une situation qui lui avait échappé et de soumettre ses principaux adversaires au même « examen moral ».

Max Morgene

Crédit Image à la Une : MARTIN BUREAU / AFP

 

 

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