Theresa May dans l’ombre du Brexit

Son arrivée au pouvoir avait soulevé les espoirs d’un pays déchiré par le Brexit: six mois plus tard, Theresa May est accusée de ne pas avoir établi de stratégie de sortie de l’Union européenne. 

La Première ministre britannique Theresa May, le 20 décembre 2016 à Londres

En refusant de révéler sa stratégie de négociation des liens avec l’Union européenne, Theresa May a fait naître le soupçon qu’elle n’en avait pas. Sa promesse d’améliorer le sort des plus démunis, finalement abandonnée, a déçu ceux qui attendaient d’elle un conservatisme plus social.

Son arrivée à Downing Street le 13 juillet avait été accueillie avec un relatif soulagement après le référendum du 23 juin, qui a décidé la sortie du Royaume-Uni de l’UE. Tandis que les partisans du Brexit se poignardaient dans le dos, Theresa May était apparue comme la femme fiable qui allait rassembler le pays.
Elle annonçait alors une série de mesures visant à mettre un frein aux excès de la finance: présence des salariés dans les conseils d’administration, plafond aux rémunérations de grands dirigeants… deux mesures rapidement retirées.

Son style de gouvernement relevant du micromanagement, sa volonté de contrôle et quelques réactions mesquines -une députée interdite de Downing Street pour avoir critiqué son luxueux pantalon en cuir- n’ont pas amélioré sa popularité dans les milieux politiques, qu’elle n’a d’ailleurs jamais courtisés.
« Je ne trouve pas chez elle ce qu’on attend d’un Premier ministre: imagination, agilité, instinct, vision », confie à l’AFP le libéral-démocrate Nick Clegg, ex vice-Premier ministre.

Que veut réellement Theresa May ?

Le refus de Mme May de partager sa stratégie avec le parlement lui a en outre attiré le désaveu de la Haute Cour, qui l’a sommée d’informer les élus de ses intentions avant de lancer le divorce avec l’UE.  La Cour suprême doit rendre ce mois-ci une décision définitive. Son mantra inlassablement répété, « Brexit signifie Brexit », d’abord apparu comme un gage de respect du vote des électeurs, a rapidement tourné à vide.

« Theresa Maybe », Une de The Economist, le 5 janvier 2017. Crédits Photo: The Economist

Résultat: après six mois au pouvoir, Theresa May a récolté une cruelle Une de l’hebdomadaire des milieux d’affaires The Economist, qui l’a baptisée « Theresa Maybe » (Theresa Peut-être). Les éditoriaux assassins dans la presse, de droite comme de gauche, ne cessent de se multiplier.

Ce n’est toutefois pas l’avis de Matt Singh, blogueur très écouté spécialisé dans l’analyse des sondages. Selon lui, en tenant compte de l’éclatement de l’opposition travailliste, Theresa May a réussi à arrimer solidement l’avance de son parti conservateur dans l’opinion.

« Rappelez-vous la période où elle a pris le pouvoir, elle a rassuré et stabilisé. Elle s’est pas mal débrouillée face à ce défi colossal, surtout en comparaison avec une opposition qui n’a rien fait de bien », relève pour l’AFP Pawel Sudlicki, expert indépendant sur l’Europe. Il ajoute: « Elle a une vision claire de ce qu’elle veut -le plus large accès possible au marché unique tout en contrôlant l’immigration- mais pas des moyens d’y arriver »

Quel avenir pour le Royaume-Uni ?

Ivan Rogers. Crédits photo: Reuters
Ivan Rogers. Crédits photo: Reuters

La démission de l’ambassadeur britannique auprès de l’UE, Ivan Rogers, révèle l’impréparation du gouvernement à une sortie de l’Union Européenne. Celui qui a déploré être dans l’ignorance des objectifs de négociation s’est vu rétorquer par la principale intéressée que la décision prenait du temps compte tenu de la complexité de la situation.

Theresa May trouve toutefois encore quelques soutiens au sein de l’Union Européenne. Un diplomate européen déclare à l’AFP « qu’à sa décharge, elle se retrouve devant des équations difficiles ». Il ajoute: « Elle doit trouver un équilibre entre la volonté de contrôler l’accès des travailleurs communautaires au marché du travail britannique et la nécessité de préserver les intérêts économiques du Royaume-Uni », tout en tenant compte des divisions de son propre parti et du pays.

Le manque de préparation de son gouvernement est aussi largement dû à la légèreté de son prédécesseur, David Cameron, qui, tout en jetant les dés du référendum, n’avait dans sa manche aucun scénario pour un Brexit.

L.D avec AFP

*Crédits photo à la Une: REUTERS/Neil Hall

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s