Quand les femmes entrent en jeu

Aujourd’hui il nous semble banal d’inscrire notre fille au judo ou d’accompagner notre nièce au football. Mais il ne faut pas oublier qu’un peu moins de 100 ans en arrière ce genre de situation aurait été impensable. Retour sur une des luttes du sexe dit faible pour s’imposer dans un monde d’homme : le sport.

Si les femmes s’imposent de plus en plus dans le monde du sport, ce n’était pas le cas il y a quelques années. Manque de motivation ? Non, plutôt impossibilité de concourir. En 1922, le charmant docteur Maurice Boigey, médecin-chef de l’École de gymnastique de Joinville, clamait que « la femme n’est pas faite pour lutter mais pour procréer ». On aurait aimé voir sa tête lorsque Eleanor Lynette Lemaire termina en 1979 l’Ironman (3,8km de nage, 180km de vélo, 42,195 km de course) en 12h 53min et 38 s.
Malgré leur bonne volonté, le sport à souvent été interdit aux femmes qui souhaitaient concourir. Ainsi, jusqu’en 1928, il était inenvisageable de participer aux Jeux Olympiques. Pierre de Coubertin pensait d’ailleurs qu’« aux Jeux Olympiques, leur rôle devrait être surtout, comme aux anciens tournois, de couronner les vainqueurs ». Quelques années plus tard, sous le régime de Vichy, la situation n’évolue pas. Le football féminin, qui connaissait un fort engouement, sera même interdit, ainsi que le cyclisme, jugés trop dangereux par Jean Borotra, commissaire général des sports durant l’Occupation.

Les associations se rebellent

Heureusement, certaines passent outre les « recommandations masculines » et plusieurs associations sportives se développent. En 1899, la gymnastique devient une discipline mixte grâce à l’Union française de gymnastique féminine (UFGF) qui apparaît dans plusieurs régions de France. En 1912 et 1915, deux autres associations voient le jour, permettant d’instaurer une concurrence et donc d’ouvrir un plus large panel de sports aux femmes : Fémina Sport et Académia. A partir de 1921, le hockey, le golf, la natation, l’aviron et le tennis sont des disciplines où les femmes sont désormais acceptées et reconnues. Certaines deviendront même des stars internationales comme la joueuse de tennis Suzanne Lenglen, qui remportera six fois le tournoi de Wimbledon, 241 matchs et obtiendra même trois médailles olympiques dont deux d’or. Surnommée « la Divine », elle participera à l’amélioration des techniques du tennis et sera la première à porter une jupe courte, dessinée par Jean Patou.

Equipe de France de football féminin en 1920, membres de la Fédération des sociétés féminines sportives de France. Crédit Photo : Wikipédia
Equipe de France de football féminin en 1920, membres de la Fédération des sociétés féminines sportives de France. Crédit Photo : Wikipédia

Les femmes s’imposent

Peu à peu les femmes s’imposent dans les disciplines les plus exigeantes, demandant une grande résistance (marathon, triathlon) mais aussi dans les nouvelles comme le surf et l’escalade. Elles se révèlent même être de très sérieuses concurrentes dans les sports de combat comme la boxe, le judo ou encore le karaté. Le sport s’ouvre donc définitivement à la présence féminine, car si elles ne représentaient que 9% à pratiquer une activité sportive en 1968, elles sont désormais 48% d’après le Conseil de l’Europe.
Quatre femmes siégeront au ministère de la Jeunesse et des Sports entre 1881 et 2002, ce qui garantira en partie la pérennité des femmes dans le monde du sport.

Le prix Monique-Berlioux

A partir de 1921, l’Académie des sports récompense la performance féminine française la plus remarquable de l’année grâce au prix Monique-Berlioux, du nom de la championne de natation. Néanmoins, dès 1983, le prix sera accessible à toutes les nationalités. Forcément, c’est la tenniswoman Suzanne Lenglen qui décroche le prix en 1921. Maryse Bastié, quant à elle, fait entrer l’aviation dans le domaine féminin, le remportant en 1931. La dernière en date la plus célèbre est sans grande surprise la belle Serena Williams en 2013, qui compte à son actif 71 titres dont 38 du Grand Chelem (double et simple).

Serena Williams débute sur le circuit professionnel à l'âge de 14 ans. Crédit photo : commons.wikimedia.org
Serena Williams débute sur le circuit professionnel à l’âge de 14 ans. Crédit photo : commons.wikimedia.org

Toutefois, le sport féminin doit encore être défendu car il s’agit d’un droit fragile. En hockey sur glace féminin par exemple, la fédération internationale a décidé de supprimer en 1997 le championnat d’Europe et la Coupe d’Europe des clubs des champions en… 2015 ! Les hockeyeuses se retrouvent donc dans l’impossibilité d’accéder à un niveau international. Faut-il rappeler que nous sommes désormais au XXIe siècle ?

Morgane Roumet

*Photo à la une : crédit photo : Commons Wikipédia.

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